Delphine, 28 ans, est retournée vivre chez ses parents : "Le plus dur, ça a été de se réadapter à des règles"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Après plusieurs années à vivre seule, Delphine s'est retrouvée au chômage et a dû retourner vivre chez ses parents. "Ça a été un peu dur de me retrouver avec un rythme qui n'était plus le mien depuis quatre ans", raconte-t-elle à Olivier Delacroix sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Après plusieurs années à vivre seule, Delphine, 28 ans, s'est retrouvée au chômage et a dû retourner vivre chez ses parents en Picardie pendant presque un an. "Clairement, ma vie sociale en a pris un coup", explique-t-elle au micro d'Olivier Delacroix sur Europe 1.

"J'avais un nouveau projet de vie qui était de me lancer en free-lance. J'ai quitté mon ancien boulot un peu précipitamment parce que ça ne s'est pas bien passé à la fin. Je n'étais pas vraiment prête pour mon projet à ce moment-là et vivre avec seulement le chômage sur Paris, ce n'est pas possible. A un moment, je n'avais pas le choix et mes parents m'ont toujours dit qu'ils étaient là pour moi. Ils ont été très gentils de m'accueillir.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

"Ça a été un peu dur de me retrouver avec un rythme qui n'était plus le mien"

Le plus dur, ça a été de se réadapter à des règles surtout que je travaillais le soir, donc j'étais en rythme décalé. C'est plus avec mon père que j'ai ressenti ça. Avec ma mère c'était simple parce que la discussion était plus facile. Après, moi, je n'étais pas forcément dans un bon état d'esprit non plus parce que mon projet ne marchait pas. Une fois que j'ai réussi à passer ce cap-là, ça s'est mieux passé.

Ça a été un petit peu dur de me retrouver avec un rythme qui n'était plus le mien depuis quatre ans. Et puis je suis dans une démarche un peu plus écolo donc il y a eu un décalage aussi de ce côté-là. Il a fallu que j'apprenne à lâcher du lest. Je les ai sensibilisés mais j'en voulais toujours plus.

A un moment, une amie m'a un peu remise en place en me disant : 'Est-ce que tu as remercié tes parents du fait qu'ils font quand même un effort ?' Ça m'a fait un petit électrochoc et je me suis dit que c'était vrai, la réponse était 'non'. Là, j'ai un peu changé mon discours.

Les conflits entre les parents, "la partie la plus compliquée"

Ça n'allait pas très fort entre mes parents et ça, ça a été la partie la plus compliquée. Quand on vit à l'extérieur, on le voit deux jours par-ci, par-là donc on ne s'en rend pas vraiment compte même si on est au courant. Mais le revivre au quotidien... Il y a des matins, je me levais, je savais très bien que ça allait clasher dans la journée. Du coup, il y a un stress qui est constamment là. Et puis je voulais aussi absolument contrôler les choses pour faire en sorte que ça aille mieux entre eux.

Je voulais vraiment changer les choses et j'essayais de mettre des choses en oeuvre pour que ça aille mieux entre eux. On m'a dit plusieurs fois : 'Ce n'est pas ton rôle.' C'est vrai que ce n'est pas mon rôle. C'était bête mais ça a été source de conflits parce que je voulais intervenir et les aider. 

(...) Je me suis retrouvée entre quatre murs avec mes parents. Je vivais à leur rythme et quand j'ai dû partir, ça a été dur de me dire : 'Je repars dans l'indépendance.' En plus, je suis repartie en van donc ce n'est pas un confort de vie similaire. Il y avait la peur et je ne voulais pas lâcher le confort parental. Et comme ça allait mieux entre nous, c'était beaucoup plus compliqué de les quitter.

"Je les appelle au moins une fois par semaine"

Dans la vie en van, c'est la solitude qui est le plus dur à gérer. Tous les soirs, on se racontait nos journées, on passait du temps ensemble. Même si c'était juste regarder un film, c'était quand même un moment que l'on partageait ensemble. Les week-end, on prenait l'apéro et là, il n'y a plus tout ça. Aujourd'hui, je les appelle au moins une fois par semaine."

L'avis du spécialiste

Michel Billé, sociologue, auteur de Lien conjugal et vieillissement (éd. Érès)

"[Retourner chez ses parents] est un phénomène grandissant qui est apparu de manière sensible dans notre pays à partir de la crise économique de 2008. Immédiatement apparaît l'une des causes de ce phénomène, les difficultés financières dans lesquelles se trouvent, de façon provisoire mais significative, un certain nombre de nos contemporains à ce moment précis de leur vie où on pouvait les croire partis définitivement. S'il n'y avait pas, sur ces adultes, un regard sévère, nous n'en parlerions même pas. C'est parce que le regard est sévère que la situation est difficile à vivre.

Pour les parents, c'est à la fois du plaisir et de la contrainte. C'est justement tout le piège potentiel de la situation. Personne n'imagine laisser son fils ou sa fille en grande difficulté sans l'accueillir, quel que soit son âge et quelle que soit la situation. Comment ne pas vivre cela comme un devoir, une obligation et parfois une contrainte ? C'est un quotidien complètement bousculé qu'il va falloir réinventer pour une durée a priori inconnue."