Défilé du 1er-Mai : que s’est-il passé à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière ?

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Des heurts ont opposé manifestants et forces de l'ordre sur le boulevard de l'Hôpital, près de la Pitié-Salpêtrière, mercredi à Paris.
Des heurts ont opposé manifestants et forces de l'ordre sur le boulevard de l'Hôpital, près de la Pitié-Salpêtrière, mercredi à Paris. © Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
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Christophe Castaner a dénoncé une "attaque" après une intrusion à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, mercredi à Paris. Des témoignages de manifestants et des vidéos contredisent cette version.  

Un personnel choqué, des réactions politiques outrées : l’intrusion de plusieurs dizaines de personnes à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, mercredi à Paris en marge du défilé du 1er-Mai, a provoqué une avalanche de condamnations. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a évoqué, dès mercredi soir, une "attaque" de "blacks blocs". Mais selon des témoignages et des vidéos publiés sur les réseaux sociaux, les manifestants se sont introduits dans l’enceinte de l’établissement pour se protéger des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre. 

Une "intrusion violente", selon la direction de l’hôpital

Les faits se sont déroulés peu après 16h. Alors que les tensions entre des éléments "radicaux" de la manifestation et les forces de l’ordre redoublent d’intensité, le cortège est séparé entre la place d’Italie et le boulevard de l’Hôpital. Les alentours sont plongés sous les gaz lacrymogènes quand plusieurs dizaines de personnes, dont des "gilets jaunes", s’introduisent dans l’enceinte de La Pitié-Salpêtrière. "Malgré l'ensemble des mesures de sécurité qui avaient été prises sur le site, puisqu'on avait fermé l'intégralité des portes qui donnaient sur le boulevard de l'Hôpital, les manifestants ont forcé le portail situé au numéro 97. Les chaînes ont cédé", a rapporté la directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder, présente sur place lors des incidents. "On voyait les CRS courir, tirer des lacrymogènes, puis on a vu d'autres personnes ouvrir le grand portail. Ils étaient une cinquantaine pour le faire tomber", a précisé Dounia, une patiente interrogée par Europe 1.

Plusieurs personnes ont ensuite essayé, sans succès, de pénétrer à l’intérieur du service de réanimation, avant d’être délogées par les forces de l’ordre. "Une vingtaine de manifestants ont tenté d’entrer dans le service de réanimation par l’issue de secours, alors même que du personnel leur faisait signe de ne pas le faire. Il y a des patients dans un état fragile au service de réanimation. Le personnel, craignant une menace pour eux et pour les patients, a tenu la porte de l’issue de secours pour l’empêcher de s’ouvrir, le temps que les forces de l’ordre interviennent", a témoigné sur BFMTV le professeur Mathieu Raux, qui était de permanence mercredi après-midi. L’ensemble du matériel informatique du service de chirurgie digestive a également été "vandalisé", selon le médecin.

Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a de son côté dénoncé une "tentative d’intrusion violente" et annoncé avoir porté plainte. 32 personnes ont été placées en garde à vue, avant d'être relâchées jeudi en début de soirée. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. 

Castaner dénonce une "attaque" de "black blocs"

L’origine de ces incidents reste cependant floue. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, en déplacement à l’hôpital, a évoqué mercredi soir une "attaque" par des dizaines de "black blocs". Se seraient-ils introduits pour trouver un CRS, blessé à la tête et admis dans la journée au sein de l’établissement ? "Je ne vois pas très bien comment les manifestants sur place ont pu avoir l'information puisque l'admission se faisait par une autre entrée", a jugé la ministre de la Santé Agnès Buzyn, interrogée jeudi matin sur Europe 1. "Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable. Je ne pense pas que ça ait un lien" avec l'hospitalisation du CRS, a estimé de son côté Martin Hirsch, sur BFMTV. "Je ne les ai pas vus crier à la recherche d'un blessé particulier. Je ne sais pas si c'est une invasion d'hôpital, s'ils fuyaient quelque chose", a-t-il ajouté.

L’intrusion a en tout cas été vivement condamnée par la classe politique. "Je pense que tous les Français, comme moi, sont extrêmement choqués, c'est inqualifiable en fait", a réagi Agnès Buzyn. "Je croyais qu'on avait atteint le sommet, avec tout ce qu'on a vu, en termes de casses et de violences... On a atteint un niveau incompréhensible quand on voit que plus d'une trentaine de personnes sont entrées dans l'hôpital", a appuyé Nadine Morano (LR), sur LCI.

Des vidéos contredisent la version officielle

Selon plusieurs témoignages, les manifestants se seraient introduits dans l’enceinte de l’hôpital pour se protéger des gaz lacrymogènes. Sur Twitter, le journaliste David Dufresne a publié une série de vidéos montrant des dizaines de personnes en train de fuir les CRS. Sur l’une d’entre elles, on aperçoit des manifestants -femmes, hommes, avec ou sans gilets jaunes-, ne montrant pas de signes visibles d'agressivité, stationner dans l'enceinte de la Pitié-Salpêtrière et tout près de l'entrée d'un bâtiment, du côté du n°97 du boulevard de l'hôpital. On y voit également des policiers arriver par cette même entrée 97 et faire ressortir les manifestants vers le boulevard.

Une aide-soignante au service de réanimation, interrogée par BFMTV, a assuré ne pas s’être "sentie en danger". "Ça a été très court. Les forces de l’ordre ont été efficaces, on n’a pas senti d’agression. Des gens ont calmé le jeu et ont compris qu’on ne pouvait pas les laisser entrer", a-t-elle relaté. "Il n'y avait pas de débordements, il n'y a pas eu de matériel dérobé. L'équipe n'est pas du tout choquée, il n'y a pas de gros traumatisme", a ajouté l'un de ses collègues. Une vidéo, diffusée jeudi soir sur Facebook, accrédite les témoignages du personnel hospitalier et contredit la version officielle. 

Avant La Pitié-Salpêtrière, l’hôpital Necker-Enfants malades avait également été le théâtre de débordements, avec des vitres brisées en marge d’un défilé contre la loi travail en juin 2016. Le lendemain, l'exécutif avait mis en cause la CGT et son "attitude ambiguë" à l'égard des casseurs, et avait menacé d'interdire les futures manifestations. Les dégâts contre l'hôpital Necker avaient été attribués par les autorités à une "horde" de casseurs, mais les vidéos et les témoignages recueillis par plusieurs journalistes avaient pointé "l'acte isolé" d'un seul manifestant masqué.