Covid-19 : pourquoi le ministère de la Santé bloque le déploiement des autotests

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Les autotests de dépistage du Covid-19 sont déjà déployés dans plusieurs pays d'Europe, comme le Royaume-Uni et l'Autriche. 3:11
Les autotests de dépistage du Covid-19 sont déjà déployés dans plusieurs pays d'Europe, comme le Royaume-Uni et l'Autriche. © JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Invité de la matinale d'Europe 1 jeudi, l'épidémiologiste Martin Blachier a accusé le ministre de la Santé, Olivier Véran, de "bloquer" le déploiement des autotests de dépistage du Covid-19. Validés mi-mars par la Haute autorité de Santé (HAS), Europe 1 a enquêté pour savoir où en est concrètement leur mise sur le marché. 

Validés mi-mars par la Haute autorité de Santé (HAS), les autotests de dépistage du Covid-19 ne sont toujours pas disponibles à la vente en France. Invité de la matinale d'Europe 1 jeudi, l'épidémiologiste Martin Blachier a accusé le ministre de la Santé, Olivier Véran, de "bloquer" leur déploiement. Les autotests "sont dans les entrepôts, dans les différentes villes de France, en attendant que le ministre de la Santé veuille bien comprendre - et j'espère pas trop tard - que c'est un moyen qui peut permettre au président de la République de tenir sa promesse de rouvrir le pays le 15 mai", a-t-il lancé. Europe 1 a enquêté pour savoir où en est concrètement leur déploiement. 

Le ministère conteste leur degré de fiabilité

Pour le moment, les autotests n'ont pas reçu toutes les autorisations nécessaires à leur mise sur le marché. En effet, trois parties doivent valider ces tests avant qu'ils soient commercialisés. La première, la HAS, a donné son feu vert avec une recommandation très claire : ces autotests sont recommandés pour toutes les personnes asymptomatiques de plus de 15 ans, soit dans le cadre d’un dépistage ciblé à grande échelle, soit dans la sphère privée, par exemple avant d'aller rencontrer des proches.

La deuxième instance est l’Agence de sécurité du médicament, qui doit rendre une réponse imminente. Celle-ci ne va pas juger l’efficacité des autotests, mais leur conformité. Et puisqu'il n'y a pas de raison qu'ils rencontrent un problème règlementaire, c'est le ministère de la Santé, troisième autorité, qui freine.

Cela pour plusieurs raisons. D’abord, Olivier Véran a assuré que ces autotests n’étaient pas "simples" à utiliser. En réalité, il faut seulement enfoncer l’écouvillon à 2,5 centimètres dans la narine et le résultat apparaît 20 minutes plus tard. Selon la HAS, ces tests express sont fiables à au moins 80%. Les équipes d’Olivier Véran remettent toutefois en cause cette fiabilité. Selon les informations d'Europe 1, le gouvernement s'apprête d'ailleurs à lancer une expérimentation dans les prochaines semaines pour déterminer l’utilité de ces autotests.

La grande distribution dans les starting-blocks

Si le ministère finit par les approuver, leur déploiement pourrait être rapide. Il faut dire que la grande distribution est dans les starting-blocks. Le groupe Carrefour en avait précommandé un million et en déjà reçu 20.000, qui dorment dans des hangars. Plusieurs laboratoires contactés jeudi par Europe 1 ont assuré qu’ils pouvaient en produire et en livrer des millions à la France. "Nous sommes en mesure de livrer 10 millions d’autotests par jour. Nous avons la capacité de production ainsi que la capacité logistique via avions cargos à travers un stock qui se trouve à Rotterdam", précise Nicolas Contassot, directeur de la communication chez Innova Medical Group Europe, dont l'entreprise a envoyé une offre concrète à l’Elysée.

A titre de comparaison, ce même groupe a passé un contrat d’1,2 milliard d’autotests avec l’Angleterre. Les écoliers britanniques doivent se tester avec, plusieurs fois par semaine. Même système en Autriche, où cinq kits gratuits sont distribués à chaque habitant depuis un mois. Les autotests sont aussi autorisés et déployés en Allemagne.

Europe 1
Par Victor Dhollande, édité par Laetitia Drevet