Confinement : peut-on exposer les enfants davantage aux écrans ?

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Enfant et écrans 29:11
Sur-exposer les enfants aux écrans peut réduire leurs capacités cognitives © StockSnap/pixabay
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Être confiné avec ses enfants, c'est aussi trouver des stratégies pour les occuper. La télévision, les tablettes et autres écrans semblent salvateurs dans ce cas. Mais est-il bon d'exposer un peu plus les enfants aux écrans ? Louis Vera, pédopsychiatre à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, répond à cette question dans "Sans rendez-vous" sur Europe 1.

Le temps est gris et la pluie font leur grand retour en ce mois de novembre, tout comme le confinement dû au coronavirus. Bien que les enfants puissent cette fois-ci rejoindre les bancs de l'école, il est difficile de les occuper à la maison, le mercredi ou le week-end, alors que les déplacements sont limités. Alors, généralement, on se tourne vers la télévision, les smartphones et les tablettes. Mais faut-il vraiment laisser les enfants regarder plus les écrans pendant le confinement ? Le pédopsychiatre Louis Vera, co-auteur de l'ouvrage Tous précoces, tous hyperactifs... vraiment ?, était l'invité de Mélanie Gomez et Jimmy Mohamed dans Sans rendez-vous sur Europe 1.

"Je joue à Mario Kart avec mon fils le week-end, on s'éclate !"

"J'aurais tendance à dire 'le week-end pourquoi pas un peu plus d'écrans, mais de façon contrôlée'", expose le spécialiste. Il préconise ainsi de partager avec l'enfant ce temps d'écran, en jouant à un jeu vidéo avec lui par exemple. "Moi je joue à Mario Kart avec mon fils le week-end, on s'éclate !", confie-t-il à Mélanie Gomez.

Le temps d'écran doit ainsi être règlementé, et pour ce faire, il peut être négocié. On va alors autoriser l'enfant à passer un peu de temps devant l'écran en échange d'une activité plus stimulante pour lui. "Ce que j'avais proposé à mon fils pendant le premier confinement, c'était de lire un livre par semaine pour pouvoir avoir le droit de faire un peu plus d'écran le week-end", explique-t-il. 

Surveiller ce qu'ils regardent 

Pour faire passer le temps pendant le confinement, le spécialiste conseille également d'écouter des podcasts spécialement réalisés pour les enfants, d'imprimer des images pixélisées pour les reproduire sur des feuilles à carreaux ou  encore ... d'apprendre le codage informatique. "C'est possible à tout âge", dit-il, "il faut utiliser les bons outils, Scratch, par exemple, pour les élèves de primaires. Ce sont des blocs de logique à assembler, ce n'est pas un langage à apprendre. Ça va alors développer leur logique, et donc ça va les aider pour toutes les matières scientifiques". 

Pas du tout d'écrans pour les enfants en bas âge

En revanche, Louis Vera met en garde : pas d'écran avant deux ans minimum. "L'enfant est très attiré par les écrans mais il n'apprend rien. S'il a moins de deux ans, ce qui se passe dans l'écran n'est pas réel. Donc, ceux qui sont massivement exposés aux écrans vont avoir des capacités cognitives inférieures aux autres, des lacunes en lecture et un vocabulaire moins développé", d'après le pédopsychiatre.

Les enfants trop exposés aux écrans pendant les repas, notamment, vont également avoir tendance à moins bien apprendre les codes sociaux puisqu'ils ne participent pas aux interactions sociales. La seule exception évoquée par Louis Vera, ce sont les appels vidéos, qui ont explosé durant le premier confinement, puisque l'enfant, même en bas âge, développe une interaction avec la personne derrière l'écran. 

À quel moment de la journée un enfant peut-il regarder les écrans ? 

Lorsque l'enfant grandit, il ne faut pas baisser la garde sur sa consommation d'écrans. Si elle est trop excessive, elle peut toujours endommager son cerveau encore en développement. Le docteur place la barre à trente minutes par jour pour les enfants de 3 à 5 ans. Elle ne doit pas avoir lieu le matin où le petit-déjeuner est "un temps d'échange", ni le soir avant le coucher puisque la lumière bleue de l'écran perturberait le sommeil de l'enfant.

Mais surtout, ce temps passé sur les écrans ne doit pas se faire au détriment d'autres activités "du temps d'apprentissage, de la lecture, ou des activités manuelles". Le pédopsychiatre rappelle, enfin, qu'il faut conserver ce temps précieux de l'ennui et de l'imagination propre à l'enfance.

Europe 1
Par Manon Bernard