Trois mois d'enquête sur les traces de Redoine Faïd

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Les enquêteurs ont remonté la piste de Redoine Faïd au fil des semaines (photo d'archives).
Les enquêteurs ont remonté la piste de Redoine Faïd au fil des semaines (photo d'archives). © INTERPOL / AFP
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Rapidement convaincus que l'homme le plus recherché de France n'avait pas quitté la région parisienne, les enquêteurs ont finalement interpellé Redoine Faïd mercredi à Creil, dans l'Oise, trois mois après son évasion.
RÉCIT

L'opération a été organisée très rapidement, lorsque la police a eu toutes les raisons de penser que Redoine Faïd se trouvait dans cet immeuble d'une cité de Creil, dans l'Oise. Trois mois après la deuxième évasion spectaculaire du braqueur multirécidiviste, c'est dans sa ville natale qu'il a été arrêté sans opposer de résistance, dans la nuit de mardi à mercredi. L'interpellation se serait-elle déroulée différemment sans effet de surprise ? Dans l'appartement où était logé le fugitif, les enquêteurs ont découvert un pistolet mitrailleur et un revolver. Mobilisés en nombre - plus de 100 fonctionnaires sur place -, les enquêteurs s'attendaient en tout cas à tout de la part d'un homme dont la trace a été minutieusement remontée de semaine en semaine.  

Une disqueuse cachée en forêt. Les policiers ont rapidement acquis une certitude : évadé par des complices en hélicoptère de la prison de Réau, en Seine-et-Marne, Redoine Faïd n'était pas allé bien loin. Dès le 3 juillet, deux jours après son évasion, le chef de la sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière (SDLCODF), Philippe Veroni, jugeait que le fugitif était accompagné de "fidèles", susceptibles d'accepter de "prendre des risques conséquents". "Des gens qui ont travaillé avec lui ou qui veulent travailler avec lui", résumait le responsable, alors qu'une voiture utilisée par le commando avait été retrouvée brûlée dans un champ du Fay-Saint-Quentin, dans l'Oise.

Comment Redoine Faïd a été arrêté ? On vous raconte les coulisses

L'enquête, qui a mobilisé jusqu'à 2.900 policiers et gendarmes dans les premières heures suivant l'évasion, a été assurée jusqu'au bout par une centaine de fonctionnaires exploitant les moindres témoignages et indices. En plusieurs semaines de cavale, Redoine Faïd et ses complices en ont laissé quelques uns. Le 10 juillet, dans une forêt de l'Oise, les enquêteurs avaient d'abord mis la main sur un sac contenant des armes, des cagoules et une disqueuse appartenant  au commando. Surpris par un chasseur, trois hommes l'avaient abandonné là sans pouvoir être arrêtés.

"Il s'est réfugié dans les lieux qu'il connaît bien". Trois semaines après l'évasion, nouveau coup du sort pour les enquêteurs à Sarcelles, en région parisienne : après un contrôle routier, une voiture s'était lancée dans une course-poursuite en apparence banale avec les gendarmes. Ce n'est qu'après coup, en visionnant les images de vidéosurveillance du parking, que la police judiciaire avait compris qu'il s'agissait de Redoine Faïd. Dans la voiture, abandonnée sur place, se trouvait de l'explosif factice et de l'anti-moustique, poussant les fonctionnaires à penser que l'ennemi public numéro 1 préparait un nouveau braquage et se cachait peut-être dans une forêt.

Au fil des semaines, les enquêteurs ont ensuite recoupé leurs informations, apprenant notamment qu'un individu ressemblant à Redoine Faïd avait été repéré à plusieurs reprises, circulant déguisé en femme, toujours dans l'Oise. Le 5 septembre, c'est dans ce département que la police avait choisi de mener plusieurs perquisitions, visant l'entourage familial et amical du braqueur. Les fonctionnaires "veulent mettre un peu de trouble pour (le) faire bouger", affirmait le ministère de l'Intérieur Gérard Collomb. "On pense qu'il s'est réfugié dans les lieux qu'il connaît bien, où il a un certain nombre de parents et d'amis."

L'interpellation creilloise a confirmé les prémonitions des enquêteurs sur les faibles moyens financiers et logistiques dont disposait le fugitif pour assurer sa fuite. 

Une burqa pour se cacher. Depuis quelques jours, Redoine Faïd se dissimulait sous une burqa pour accompagner la jeune femme qui l'hébergeait. Mais à Creil, dans la Zac du Moulin, ces deux silhouettes intégralement voilées ont rapidement intrigué plusieurs riverains. Leur signalement s'est ajouté au minutieux travail d'enquête qui a permis de cibler cette complice présumée : une femme de 28 ans, ancienne policière, adjointe de sécurité de 2011 à 2014, et jusqu'ici au-dessus de tout soupçon.

Puis tout s'est accéléré le week-end dernier, lorsque les enquêteurs ont repéré une personne en burqa dans une voiture conduite par une conductrice, identifiée comme liée au dossier grâce à des écoutes téléphoniques. Le passager, à la carrure de rugbyman, a rapidement intrigué les enquêteurs. Décision a été prise d'intervenir lorsqu'il est entré dans l'immeuble de Creil, mardi soir. 

Vêtu d'un bas de jogging et d'une djellaba, au côté de son frère Rachid et de ses neveux, Redoine Faïd n'avait en fait jamais quitté la région où il a commis ses premiers braquages.  Sur sa table de nuit, les enquêteurs ont trouvé plusieurs livres, dont l'un de Bernard Petit, un ancien patron de la PJ... qui avait travaillé à son arrestation en 2013.