Bien-être animal : les pratiques des éleveurs et des distributeurs ont-elles changé ?

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Les consommateurs sont de plus en plus attentifs au bien-être des animaux qui se retrouvent dans leurs assiettes. Éleveurs et distributeurs l'ont bien compris et entreprennent des changements.
ENQUÊTE

Les vidéos tournées par l'association L214 montrant des poussins broyés vivants, des bêtes abattues sans être étourdies au préalable ou encore des cochons asphyxiés au dioxyde de carbone, ont frappé les esprits. Depuis, les choses sont en train de changer : la question du bien-être des animaux préoccupe de plus en plus les consommateurs. 

Des efforts effectués par certains éleveurs

Sur le terrain, des éleveurs font en sorte de répondre à ces attentes en améliorant considérablement les conditions de vie de leurs bêtes. À Cirières, dans les Deux-Sèvres, Louis-Marie Pasquier élève désormais ses dindons dans un bâtiment ultra-moderne de 1.800 m², où la lumière naturelle a remplacé les néons.

"Il y a de petits ballots de paille, les dindons montent dessus. Quand il est sur une bonne litière de paille, le dindon se couche, s'étale, allonge les jambes et les ailes. Il est au meilleur de sa forme !", décrit l'éleveur à Europe 1. "On a aussi pensé à mettre la radio dans les bâtiments, ils écoutent un peu de musique dans la journée, et je peux vous certifier que ce n'est que du bonheur", poursuit-il, ravi.

coulon

La structure dispose aussi d'un grand espace en plein air de 600 m². "Il y a 13 grandes trappes de sortie pour les animaux qui peuvent aller à l'extérieur, en entière liberté", explique Louis-Marie Pasquier. L'éleveur a investi "plusieurs centaines de milliers d'euros", "mais on ne peut pas s'en passer". Les résultats sur le comportement des dindons sont visibles, au point où les volatiles, devenus sereins, se laissent caresser sans broncher.

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Des progrès à faire dans la labellisation

Pour savoir si une bête a été bien traitée avant d'arriver dans notre assiette, il n'existe pour l'heure aucun label, européen ou national. Les progrès viennent du terrain. Depuis plusieurs mois, l'association OABA, qui œuvre pour l'amélioration des conditions d'abattage, est sollicitée par la grande distribution, qui veut montrer patte blanche.

Avec deux autres ONG, elle a ainsi aidé le groupe Casino à mettre en place un étiquetage sur le bien-être animal. "Nous avons mis au point une grille d'évaluation qui couvre l'ensemble du train de vie de l'animal. Comment naissent les poussins, comment ils sont transportés et abattus… Ce n'est pas une opération qui ne concerne qu'une seule enseigne et qu'une espèce animale. Ça a vocation à s'étendre", précise Michel Courat, qui coordonne ces démarches au sein de l'OABA. 

Autre initiative : Carrefour va faire auditer d'ici la fin de l'année tous les abattoirs avec lesquels il travaille. Le groupe demande aussi la vidéosurveillance dans ces 84 établissements, alors que la loi ne l'impose pas.

Des règles plus strictes en bio ?

En théorie, le bien-être animal est inscrit dans le cahier des charges de la viande bio. Cela passe notamment par un élevage en plein air - au moins une partie du temps - et des élevages moins denses que dans le conventionnel. Mais ce n'est pas tout blanc pour autant. La castration des porcs, par exemple, est aussi pratiquée dans le bio. Par ailleurs, une viande peut être labellisée bio alors que la bête n'a pas été étourdie avant d'être tuée. C'était notamment le cas de l'abattoir bio de l'Indre, fermé suite à des vidéos montrant des cas de maltraitance.

Europe 1
Par Anne-Laure Jumet et François Coulon, édité par Anaïs Huet