Affaire Vincent Lambert : comment va se passer l'arrêt des traitements ?

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Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine.
Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine. © AFP/COURTESY OF THE LAMBERT FAMILY
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Le médecin du CHU de Reims a annoncé à la famille de Vincent Lambert un nouvel arrêt des traitements mardi de ce patient tétraplégique en état végétatif depuis plus de 10 ans.

Vers un épilogue dans l'affaire Vincent Lambert ? Le médecin de ce patient tétraplégique en état végétatif depuis plus de 10 ans, devenu le symbole du débat sur la fin de vie en France, a lancé mardi un nouvel arrêt des traitements, rendu possible vendredi par la Cour de cassation. Un processus qui obéit à un cadre strict, du point de vue de la loi comme de l'éthique.

Comment arrête-t-on les traitements ?

Les médecins vont arrêter la nutrition et l'hydratation artificielles qui sont prodiguées à Vincent Lambert, tout en mettant en oeuvre une "sédation profonde et continue" jusqu'à sa mort. Cette procédure est encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui interdit l'euthanasie et le suicide assisté mais autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable". Selon cette loi, les traitements peuvent être "suspendus" lorsqu'ils "apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie".

La décision doit être prise par les médecins de façon "collégiale". Quand une personne ne peut exprimer sa volonté, comme Vincent Lambert, la "sédation profonde et continue jusqu'au décès" est "une mesure de précaution" pour être sûr "que le patient ne souffre pas", selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS).

Pour la sédation, on utilise le midazolam en intraveineuse. Ce médicament de la famille des benzodiazépines est puissant et son action rapide. Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine, explique à l'AFP le Dr Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs à la maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle.

Vincent Lambert va-t-il "mourir de faim et de soif" ?

C'est l'argument des opposants à l'arrêt des traitements, dont ses parents, soutenus par des associations catholiques. Au-delà du cas Lambert, l'argument est également utilisé dans un camp pourtant diamétralement opposé : les militants pro-euthanasie, qui jugent que la loi Claeys-Leonetti ne va pas assez loin pour les patients incurables. 

 

Cet argument est en revanche réfuté par les spécialistes des soins palliatifs. "Vincent Lambert n'aura ni faim ni soif, il va mourir naturellement en quelques jours", fait valoir le Dr Devalois. "Les gens confondent la soif et la sécheresse de la bouche, poursuit-il. Dans le cas de M. Lambert, il n'y a pas de sensation de soif : pour avoir soif, il faut avoir conscience".

Par ailleurs, la déshydratation peut renforcer le processus de sédation, car l'insuffisance rénale qu'elle provoque entraîne des phénomènes naturels d'endormissement liés à la non-élimination de certaines substances.

À quoi sera due sa mort ?

À la défaillance des organes, qui cesseront de fonctionner après l'arrêt des traitements. En raison de l'insuffisance rénale, le potassium s'accumulera dans le sang et finira par provoquer l'arrêt du cœur.

L'équipe soignante se doit d'accompagner le patient jusqu'au bout, avec des soins comme la toilette, le toucher-massage, les soins de bouche (compresses humidifiées contre la sécheresse...) ou des yeux (gouttes). Le processus "n'est pas un arrêt des soins, c'est un arrêt du maintien artificiellement en vie", souligne le Dr Devalois.

Quel rapport avec l'euthanasie ?

C'est le cœur du débat. Ses parents, un demi-frère et une sœur estiment que Vincent Lambert est un handicapé et que lui couper la nutrition et l'hydratation équivaut à une forme d'euthanasie. À l'inverse, son épouse Rachel, six de ses frères et soeurs et son neveu dénoncent un "acharnement thérapeutique" en raison des lésions irréversibles causées à son cerveau par un accident de la route en 2008.

 

Leur point de vue a été conforté à plusieurs reprises par la justice, selon laquelle la poursuite du traitement traduirait bien "une obstination déraisonnable". "C'est une application exemplaire de la loi Claeys-Leonetti, qui interdit l'acharnement", selon le Dr Devalois. "Cela n'a rien à voir avec l'euthanasie par injection létale comme en Belgique".

Où en est le débat sur l'euthanasie ?

Ce débat très sensible, qui fait appel aux convictions éthiques et religieuses de chacun, a été relancé l'an dernier lors des États généraux de la bioéthique. Mais le gouvernement n'a finalement pas inclus la question dans la prochaine loi de révision de la bioéthique.

Dans deux avis successifs, le Conseil d'État puis le Comité d'éthique (CCNE) ont jugé que la loi Claeys-Leonetti ne devait pas être modifiée. Tous deux ont cependant souligné qu'il fallait garantir un meilleur accès aux soins palliatifs. Le CCNE souhaite ainsi "qu'un nouveau plan gouvernemental de développement des soins palliatifs soit financé".