EDITO - "L'abandon d’Europacity, ce n'est pas terrible en termes de crédibilité de la France"

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Le gouvernement a décidé jeudi d’abandonner définitivement le projet de méga-complexe de loisir qui aurait dû être construit à 15 kilomètres au nord de Paris. Les raisons avancées sont d’ordre urbanistiques et écologiques. Elles s’entendent mais mettent à mal la crédibilité du pays, estime Axel de Tarlé.
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>> Ce n’est pas une surprise, mais l’information a tout de même fait l’effet d’une bombe pour les principaux intéressés. Jeudi, le projet de méga-complexe EuropaCity, à 15 kilomètres au nord de Paris, a définitivement été abandonné. Les raisons avancées par le gouvernement s’entendent, mais cette décision met tout de même à mal la crédibilité de l’Etat, estime Axel de Tarlé spécialiste de l’économie pour Europe 1.

Le gouvernement justifie l’abandon d’EuropaCity avec deux arguments imparables. D'abord, en termes d'urbanisme : l'heure n'est plus aux mégacentres commerciaux, en périphérie des villes, mais bien au contraire, à la revitalisation de nos centre-ville. Et puis en termes d’écologie, puisque, cette annonce a été faite à l'occasion du "Conseil de défense écologique" qui portait sur la biodiversité. Car avec EuropaCity, on s'apprêtait à bétonner 80 hectares de terres agricoles. Ce qui fait dire à l'Elysée que ce projet est "daté et dépassé". Donc on abandonne.

L’Etat avait validé toutes les étapes du projet

Mais cet abandon pose toutefois le problème du respect de la parole de la France. A l'origine, rappelons-le, c'est l'Etat qui, après les Emeutes de Villiers-le-Bel en 2007, est allé chercher les promoteurs pour leur demander de faire ce grand centre de loisirs. Et pendant 10 ans, l'Etat a accompagné, validé toutes les étapes du projet, y compris auprès des Chinois qui étaient partie prenante dans la réalisation d'EuropaCity.

François Hollande a même reçu à l'Elysée, en 2016,  le patron du géant chinois du tourisme Wanda - qui  accessoirement est l'homme le plus riche de Chine - et qui se réjouissait de participer à ce méga centre de loisir en plein coeur de l'Europe. Mais patatras, tout a été abandonné, rayé d'un trait de plume. Pas terrible en termes de crédibilité de la France.

Vision conservatrice de l’écologie

Certes, à la place le gouvernement veut engager un projet "alternatif", plus respectueux de l'environnement. Mais on peut s'interroger sur la capacité de l'Etat à engager des grands travaux d'infrastructure. Il y a eu également l'abandon de l'aéroport Notre Dame des Landes. Et les écologistes, après EuropaCity, réclament désormais l'abandon de la nouvelle gare de train prévue pour desservir le triangle de Gonesse.

Il ne faudrait pas que de proche en proche, au nom d'une vision conservatrice de l'écologie, on en vienne à détricoter toute l'ambition du "Grand-Paris", avec ses 200 kilomètres de métro, 68 gares, et dont l’ambition est de faire de la capitale une ville rayonnante et attractive dans le monde entier.

Europe 1
Par Axel de Tarlé