Pour qu'un bébé dorme bien, il est important de soigner le coucher. 1:45
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Margaux Baralon
Le docteur Michel Lecendreux, pédopsychiatre qui travaille à l'hôpital Robert Debré à Paris, a expliqué jeudi sur Europe 1 une méthode comportementaliste pour apprendre aux bébés et aux jeunes enfants à faire leur nuit. Tout ce dont les parents ont besoin, c'est d'un chronomètre... et d'un peu de discipline.

Les parents, jeunes ou moins jeunes, le savent bien : avoir un enfant qui ne dort pas, ou très mal, peut rapidement virer au cauchemar. La situation est pourtant fréquente. On estime qu'entre 20 et 30% des parents se plaignent d'enfants qui ne font pas leur nuit. Jeudi, dans l'émission "Sans Rendez-Vous" sur Europe 1, le docteur Michel Lecendreux, pédopsychiatre et coordonnateur du centre pédiatrique des pathologies du sommeil à l'hôpital Robert Debré, à Paris, est venu expliquer la méthode qu'il conseille à tous ces parents en détresse. Ces derniers n'ont besoin, pour l'appliquer, que d'un chronomètre et d'un peu de discipline.

À partir de quand un enfant doit-il faire ses nuits ?

Très tôt, en réalité. "À partir de 4 à 6 semaines, il y a une consolidation des rythmes sur la nuit", détaille le Dr Lecendreux. "À partir de trois mois, on peut espérer que l'enfant a déjà acquis une consolidation de son sommeil nocturne. Et à partir de six mois, il devrait pouvoir faire des nuits sans être réveillé, sans appeler et sans réveiller l'entourage." Un enfant de six mois qui met des heures à s'endormir ou se réveille dix fois dans la nuit en hurlant, ce n'est donc pas normal.

Si c'est le cas, il faut d'abord écarter tout problème de santé, comme une allergie, des reflux, des troubles respiratoires, des douleurs ou un inconfort quelconque. "Tout cela doit être bien vérifié", rappelle le pédopsychiatre. Une fois cette option écartée, il faut alors s'attaquer aux mauvaises habitudes qui, souvent, expliquent les mauvaises nuits.

Comment endormir son enfant ?

Le Dr Michel Lecendreux conseille précisément... de ne pas l'endormir. Autrement dit, l'idée est de ne pas le bercer dans ses bras jusqu'à ce qu'il s'endorme, ou que la mère le garde au sein jusqu'à ce qu'il ferme les yeux. "Si on fait ça, si on prolonge cette habitude, l'enfant n'apprendra jamais à s'endormir tout seul." À partir de 4 ou 5 mois, "et si possible avant", le spécialiste recommande d'apprendre à l'enfant à enclencher le sommeil dans le berceau du bébé.

Il faut donc garder à l'esprit que le lit n'est fait que pour dormir. Les câlins, les histoires ou le dernier biberon, c'est bien avant. Et c'est ailleurs, dans une autre pièce. "L'enfant doit apprendre que le lit, ce n'est pas pour être en éveil, pour écouter quelque chose, mais pour initier son sommeil et être en sécurité sans la présence du parent", explique le pédopsychiatre. "Il faudrait que le biberon soit au moins une heure avant, pour éviter l'association entre l'endormissement et la prise alimentaire."

Une fois l'enfant couché dans son berceau, "on a droit à un rituel" mais "court". "Une minute par année d'âge", évalue le Dr Michel Lecendreux. S'allonger à côté du lit de l'enfant, "ce n'est pas une bonne idée du tout". "Il faudrait que les parents puissent être assis", "sans trop de contact physique" avec le bébé. "Le coucher doit préparer à la séparation. Si on prolonge, l'enfant va réclamer la présence parentale." Et le parent va souvent rester.

Tout ceci est d'autant plus important qu'un enfant qui s'endort tout seul pourra se rendormir en toute autonomie s'il se réveille la nuit.

Que faire si son enfant se réveille dans la nuit ?

Il est normal que les enfants de moins de trois ans se réveillent la nuit. "C'est physiologique", rappelle le pédopsychiatre. "En revanche, si le bébé signale qu'il est réveillé, si cela nécessite une intervention, là on va vers un trouble." C'est là qu'intervient le chronomètre. À chaque réveil, le Dr Lecendreux préconise de retarder d'une minute son temps d'intervention. Une minute la première fois, deux minutes la deuxième... "Il faut rééduquer et créer un apprentissage. On va différer nos interventions, les rendre de moins en moins rapides." Pas question de laisser pleurer le bébé pendant des heures "parce que c'est très pénible pour tout le monde" et, surtout, que les parents ne le referont pas une seconde fois. "L'enfant n'aura donc pas appris. Il aura compris que s'il pleure longtemps, on viendra s'occuper de lui."

Au bout d'une, deux ou trois minutes, le parent peut intervenir. Mais attention, prévient le spécialiste, "on reste très peu de temps, pas plus de dix secondes". L'intervention parentale consiste simplement à recoucher l'enfant. Ni biberon, ni chanson, ni câlin. Il faut ensuite repartir. Si l'enfant crie toujours, alors on allonge le temps d'attente d'une minute avant de revenir. "Et on fait 4 ou 5 interventions maximum."

Que faire si l'enfant n'est toujours pas apaisé ? Le sortir de son lit. "On l'emmène au salon pour un temps calme", préconise le Dr Lecendreux. "On ne le garde pas dans les bras pour l'endormir, on le met sur son tapis d'éveil, on lui fait faire une petite activité. Cela dure deux ou trois minutes et ensuite on recommence une séance de coucher."

Et du côté des parents...

Si les parents sont exténués, c'est souvent parce qu'ils s'attendent à ce que l'enfant se réveille de nouveau. "Il faut que vous arriviez à vous occuper de vous-mêmes, à vous désengager", explique le pédopsychiatre. Plus facile à dire qu'à faire, mais normalement la méthode porte rapidement ses fruits. "Si vous obtenez une fois l'endormissement, vous avez déjà fait la moitié du chemin."

Cette méthode, que le Dr Lecendreux définit lui-même comme "un peu ferme", peut s'utiliser jusqu'à trois ou quatre ans. Pour des enfants plus âgés, c'est toujours possible mais "en l'adaptant un peu". Il existe même une version pour les adultes insomniaques.