Faites-vous partie de ces allergiques qui s'ignorent ?

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Le nombre de personnes souffrant d’allergies continue d'augmenter en France, parfois sans que les principaux concernés en aient conscience. De quoi inviter à s’interroger à l'apparition des premiers symptômes.
LE TOUR DE LA QUESTION

Le nez qui coule, les yeux qui pleurent, la gorge qui gratte… le retour du beau temps peut compliquer la vie des personnes souffrant d'allergies respiratoires. D'autant que leur nombre est en constante progression depuis plusieurs décennies. Près d'un Français sur trois serait ainsi touché par une maladie allergique d'ordre respiratoire, selon les chiffres du ministère de la Santé. Et pourtant, beaucoup minimisent encore l'impact que peut avoir ce mal sur leur santé. Selon un sondage réalisé en 2007 par l'Ifop pour l'association Asthme & Allergies, sur 34% des Français se déclarant allergiques, 47% considèrent qu'il ne s'agit pas d'une vraie maladie.

"L'idée qui consiste à dire 'ce n'est qu'une allergie' est mauvaise", insiste au micro de Wendy Bouchard, dans Le Tour de la question sur Europe 1, l'allergologue Madeleine Epstein, qui souligne également "la gravité potentielle" d'une allergie. Au moins trois raisons invitent à ne pas prendre trop à la légère une potentielle réaction allergique.

- Parce que la période favorable aux allergies est de plus en plus longue

Les allergies non traitées deviennent de plus en plus difficiles à supporter car leur guérison spontanée serait de plus en plus longue. Plusieurs facteurs, qui n'ont pas encore tous été identifiés, expliqueraient ce phénomène, parmi lesquels les modifications récentes de notre environnement et de nos conditions de vie. "Il y a quelques décennies, l'allergie aux pollens se résumait à 15 jours/trois semaines par an, ce que l'on appelait 'le rhume des foins'", rappelle Isabelle Bossé, co-auteur du Livre noir des allergies aux éditions de l’Archipel. "Maintenant, on voit des patients gênés dès le mois de février, et qui peuvent l'être jusqu'en octobre. Ce n'est plus une maladie banale comme autrefois."

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici 

Cet allongement de la période des allergies serait notamment lié à la multiplication des pics de pollution au encore au réchauffement climatique, qui favorise l'augmentation de la teneur en pollens dans l'atmosphère. Aux premiers symptômes donc, aller consulter un médecin ou un allergologue pourrait potentiellement vous éviter de longs mois de désagréments.

Pour éviter un risque de confusion avec d'autres pathologies

Mais quels symptômes doivent vous mettre la puce à l'oreille ? Justement, parce que les symptômes d'une allergie sont rarement spécifiques, un risque de confusion avec d'autres pathologies existe. "Quand on éternue, ça peut être une allergie, mais aussi un rhume ou une irritation", indique Madeleine Epstein. "C'est valable pour les éternuements qui sont bénins mais peuvent être invalidants. Le coté récurrent doit alerter", poursuit l'allergologue. "Il y a un moment où les gens devraient se dire : 'C'est peut-être une allergie, je devrais aller consulter.'" Des difficultés respiratoires, mais aussi des symptômes cutanés récidivants ne doivent pas non plus être considérés comme anodins.  

En cas automédication, la confusion que peut faire le patient entre un rhume et une allergie n'est pas sans risque. Par exemple, s'il décide de se rabattre sur la boîte d'antibiotiques qui traîne dans sa pharmacie, là où des antihistaminiques seraient plus efficaces. "Avec les antibiotiques, il y a un risque de résistance. On a un problème de santé publique à donner des antibiotiques quand ils ne sont pas nécessaires", alerte notre allergologue.

Parce que l'on peut développer une allergie à n'importe quel âge

L'allergie est souvent considérée comme une maladie touchant principalement les jeunes adultes. Ce préjugé invite à tort les plus vieux à se croire immunisés. "On peut devenir allergique à tout âge. Il y a bien sûr une tranche d'âge qui est plus touchée : l'adolescent et l'adulte jeune, mais ça peut concerner aussi les plus petits et les adultes plus âgés", explique Isabelle Bossé. "On voit des personnes de 70 ou 75 ans qui démarrent des allergies alors qu'elles n'en ont jamais faites."

Et ce constat ne concerne pas que les allergies respiratoires, mais aussi les phénomènes alimentaires et dermatologiques. "J'ai le cas récent d'une patiente de 88 ans, devenue allergique aux crevettes, alors qu'elle en avait mangées toute sa vie", rapporte de son côté Madeleine Epstein. "Elle est venue en me disant : 'Docteur, je ne comprends pas, la dernière fois que j'ai mangé des crevettes... je me suis couverte d'urticaire.'"

Europe 1
Par Romain David