Coronavirus : l’épidémiologiste Martin Blachier met en garde contre les mesures inutiles

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Pour l'épidémiologiste Martin Blachier, les bars et les restaurants restent des lieux privilégiés de contaminations. 2:33
Pour l'épidémiologiste Martin Blachier, les bars et les restaurants restent des lieux privilégiés de contaminations. © Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP
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Invité lundi d'Europe 1, l’épidémiologiste Martin Blachier a estimé que certaines mesures prises localement pour freiner la reprise épidémique pouvaient s'avérer complètement inutiles. Selon lui, le port du masque et la limitation des rassemblements en lieux clos devraient suffire pour contenir cette seconde vague.

La deuxième vague est devenue réalité. L'expression a été employée dimanche par le chancelier Autrichien. Israël a décidé de confiner à nouveau l'ensemble de sa population pour trois semaines, tandis que l'Angleterre interdit les rassemblements de plus de six personnes, et même les rencontres entre amis ou familles à Birmingham. En France, le cap symbolique des 10.000 nouveaux cas positifs au Covid-19 en 24 heures a été franchi samedi, un record depuis le lancement des tests à grande échelle. Invité d’Europe Midi, l’épidémiologiste Martin Blachier alerte toutefois sur la tentation de multiplier les limitations et les interdits au nom de la protection sanitaire, certaines mesures pouvant à la fois braquer la population et se révéler complètement inefficaces.

"Il n’y a pas lieu d’avoir peur. Nous ne sommes pas en face d'un cataclysme. Le risque est d’avoir des services [hospitaliers] embouteillés mais nous n’y sommes pas encore", veut rassurer Martin Blachier. "Cette deuxième vague démarre plus doucement car les mesures barrière permettent de la calmer. Les niveaux ne sont pas encore ceux de mars-avril", ajoute-t-il. À ses yeux, le port du masque et la limitation des rassemblements dans les lieux clos restent les deux mesures barrières les plus pertinentes pour limiter l'impact de cette reprise épidémique.

"Fermer une plage est complètement délirant"

Les préfets de Guadeloupe, de Marseille et de Bordeaux pourraient annoncer dans la journée de lundi une nouvelle batterie de restrictions, dont la fermeture anticipée des bars et des restaurants. "La bonne mesure est de [limiter l’accès] aux bars et aux restaurants", abonde Martin Blachier. "Fermer une plage, par exemple, est complètement délirant", ajoute-t-il, en référence à la proposition de Renaud Muselier, le président LR de la région PACA, qui a demandé à la préfecture la fermeture des plages et des parcs à 20 heures.

"C’est là que je vois qu’il n’est pas possible de laisser totalement la décision au local. […] Au bout d’un moment, il faut des scientifiques pour leur dire ce qui est utile et ce qui ne l’est pas", s’agace notre épidémiologiste. "Il y a des mesures qui ne servent à rien. Il faut laisser les gens aller faire des pique-niques sur les plages et ne pas les mettre dans des restaurants ou des bars en pleine explosion épidémique."

Le traçage de l'épidémie, "une goutte d’eau dans l’océan"

Interrogé sur l'efficacité du traçage, Martin Blachier estime par ailleurs que le nombre de contaminations est devenu trop important pour que le suivi des malades et des cas contacts puisse encore permettre de freiner la circulation du virus. "C’est une goutte d’eau dans l’océan, et ça n’est pas du tout comme ça que l’on arrive à contrôler l’épidémie", pointe ce spécialiste. "Les modélisations montrent que l’on ne diagnostique seulement qu’un tiers, voire un quart des cas. Donc la majeure partie des chaînes de contamination nous échappent complètement. Au niveau où l’on est aujourd’hui, on n’arrivera pas à courir après."

Vivre avec le virus

"On peut avoir une vie normale sans relancer cette épidémie. L’Asie vit normalement, le Japon vit normalement, le Canada vit normalement, et ils n’ont pas d’épidémie. Pourquoi ? Parce qu’ils respectent scrupuleusement les mesures barrières", poursuit Martin Blachier, qui s’inquiète également du risque d’isolement que fait peser sur les personnes âgées cette seconde vague. "Le but n’est pas d’isoler les grands-parents mais de faire particulièrement attention quand on les voit, et d’éviter les grands rassemblements de type cousinades ou réunions de famille", souligne-t-il.

 

Europe 1
Par Romain David