Pour Emmanuel Macron, Christophe Dettinger "n’a pas les mots d’un gitan"

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Le chef de l'Etat pose un regard critique sur le traitement médiatique des "gilets jaunes", et dénonce l'influence d'activistes dans ce mouvement social. (photo d'archive)
Le chef de l'Etat pose un regard critique sur le traitement médiatique des "gilets jaunes", et dénonce l'influence d'activistes dans ce mouvement social. (photo d'archive) © LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
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Emmanuel Macron estime, dans un entretien au "Point", que les "gilets jaunes" radicaux sont manipulés sur Internet et les réseaux sociaux par des activistes et des médias russes. 

Dans un entretien informel au Point, Emmanuel Macron dénonce l’influence de puissances étrangères et d’activistes dans la frange radicale des "gilets jaunes", pointant par la même le travail des médias français... et n'hésitant pas à employer une formule bien à lui. "Il ne faut pas se tromper. On est d'une naïveté extraordinaire (…) Le boxeur (Christophe Dettinger, ndlr), la vidéo qu'il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d'extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n'a pas les mots d'un gitan. Il n'a pas les mots d'un boxeur gitan", affirme le président au Point, estimant que les "gilets jaunes" radicalisés sont "conseillés" par l’étranger.

Le poids des extrêmes et de la Russie sur Internet. Emmanuel Macron pointe notamment du doigt la Russie, avec Russia Today (RT) ou encore Sputnik, deux médias plébiscités par les "gilets jaunes" et financés par l’Etat russe. "La communication officielle ou celle de tous les mouvements traditionnels, elle est très peu active, très peu relayée. Les gens qui sont surinvestis sur les réseaux sont les deux extrêmes. Et après, ce sont des gens qui achètent des comptes, qui trollent. C'est Russia Today, Sputnik, etc.", souligne Emmanuel Macron, qui a refusé d'accréditer ces médias à l'Élysée. Le "gilet jaune" Eric "Drouet, c'est un produit médiatique, un produit des réseaux sociaux", observe encore le président, dénonçant dans la foulée l'abdication des médias à faire leur travail de hiérarchisation.

Les médias influencés par les réseaux sociaux. "Les quotidiens, quels qu'ils soient, ne font plus l'actualité. Ils suivent les chaînes d'information en continu qui, de plus en plus, suivent les réseaux sociaux. Or, vous pouvez manipuler les débats (…) Cela veut dire que l'une des fonctions qu'ont les journalistes qui est justement de hiérarchiser ce qui, dans l'information, est accessoire et ce qui est important ou a du sens, a été abandonnée", critique Emmanuel Macron. "Dans l'affaire Benalla comme pour les 'gilets jaunes', la fachosphère, la gauchosphère, la russosphère représentent 90 % des mouvements sur Internet. De plus en plus, des chaînes d'information disent 'ceci est important, ceci est légitime' parce qu'il y a du mouvement sur Internet. Ce mouvement est fabriqué par des groupes qui manipulent, et deux jours après, ça devient un sujet dans la presse", prévient le chef de l'Etat. 

Hiérarchiser la parole des élus et des citoyens. Alors, pour préserver la qualité de l’information face aux fake news et à l’influence des extrêmes sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron estime qu’il "doit y avoir une capacité à rehiérarchiser les paroles". "Si on veut rebâtir les choses dans notre société, on doit accepter qu'il y ait une hiérarchie des paroles. Je ne crois pas du tout à l'horizontalité là-dessus (…) Celui qui est maire, celui qui est député, celui qui est ministre a une légitimité ou une responsabilité. Le citoyen lambda n'a pas la même", souligne-t-il. Et le président de marteler : "Il doit y avoir une capacité à rehiérarchiser les paroles. Ça, c'est fondamental. Parce que, sinon, le complotisme nourrit l'autoritarisme."