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Romain David , modifié à
Pour Camille Pascal, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, et Jean Garrigues, politologue, tous deux invités du Tour de la question sur Europe 1, l’ancien président de la République analyse dans son dernier ouvrage son propre parcours moins au regard de l'histoire que de son ressenti. Un exercice inhabituel.

Trois ans après son dernier ouvrage La France pour la vie, publié dans la perspective de la présidentielle de 2017, Nicolas Sarkozy sort Passions aux éditions de l’Observatoire. Déjà présentée comme un événement littéraire et politique, cette publication surprise égrène les temps forts de la vie publique de l’ex-chef de l’Etat, depuis ses débuts au RPR jusqu'à son arrivée au pouvoir, en 2007.

Pour Camille Pascal, conseiller de Nicolas Sarkozy entre 2011 et 2012, invité vendredi de Wendy Bouchard dans Le Tour de la question sur Europe 1, cet ouvrage fait le puzzle d’un homme qui "obsède la vie politique française depuis quarante ans", entre fascination et répulsion. Et d’autant que Nicolas Sarkozy se livre à un exercice plutôt inattendu pour un ancien chef d’Etat : celui de l’affect. "En face de chaque événement, il met un sentiment. [Il dit ] : voilà ce que j’ai ressenti."

 

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

L'histoire par le prisme des sentiments

Dans Passions, Nicolas Sarkozy ne se contente donc pas de retracer et de décrypter les événements politiques dont il a été le témoin, voire le principal protagoniste, il donne son ressenti. Camille Pascal, cite notamment un épisode emblématique : celui de la prise d’otage de Neuilly. En 1993, un homme armé d’un pistolet et d'une ceinture d’explosifs retient en otage durant deux jours une classe de maternelle. Alors maire de la ville, Nicolas Sarkozy intervient personnellement dans les négociations avec le forcené. Cette séquence a par la suite été analysée par de nombreux commentateurs comme essentielle dans la construction de son image publique. "On l'a accusé d’avoir instrumentalisé la prise d’otage, on a dit qu’il avait fait prendre des risques à tout le monde. Mais il dit lui-même qu’il avait peur", rapporte Camille Pascal, pour qui Nicolas Sarkozy faisait alors les choses "automatiquement".

"Les deux corps du roi"

"Ce livre mélange l’intime et le public", abonde Jean Garrigues, historien de la vie politique française, également invité du Tour de la question sur Europe 1. Pour lui, Passions montre de quelle manière chez Nicolas Sarkozy le ressenti se mêle aux choix politiques. "Les deux corps du roi, avec Nicolas Sarkozy, se sont toujours mélangés, le corps privé et le corps public. L’histoire très intime se mélange à des choses politiques", explique-t-il. Selon lui, ce brouillage, alors inédit sous la Cinquième République, entre le personnage privé et la figure présidentielle, "valide l’idée de quelqu’un qui peut nous ressembler". Mais a aussi valu à l’ex-chef de l’Etat de se rendre antipathique aux yeux d’une partie des Français.

 

>> Ecouter aussi le sixième épisode de "Nos présidents dans la tourmente" : Sarkozy, Cécilia, Carla et l’art délicat d’être président

Un avertissement implicite à Emmanuel Macron

De ce point de vue, "il y a une tentative de comprendre les erreurs qu’il a pu commettre", note Camille Pascal. "Notamment ce qui a pu le rendre insupportable. Il revient énormément sur le gouvernement Balladur, et le fait d’avoir le pouvoir trop jeune". Un questionnement qui peut aussi se lire comme une mise en garde implicite à Emmanuel Macron, selon Jean Garrigues. "Il y a cet avertissement à la jeunesse d'Emmanuel Macron, dont il dit que ça peut être un handicap dans l’exercice du pouvoir, quelque chose de rédhibitoire."