Nicolas Hulot : "carte magique" ou poil à gratter du gouvernement ?

  • A
  • A
Nicolas Hulot 1280
© Francois Mori / POOL / AFP
Partagez sur :
Malgré les couleuvres avalées, celui qui fait figure d'ovni au gouvernement a obtenu plusieurs victoires. Est-il instrumentalisé par Emmanuel Macron, comme le dénoncent certains, ou laisse-t-il faire sciemment tant que cela sert ses objectifs ?
L'ENQUÊTE DU 8H

Il est à la tête de l'un des ministères les plus transversaux de la République. Après la question du glyphosate, Nicolas Hulot va bientôt devoir se pencher sur un autre sujet explosif : dans quelques jours, des experts lui remettront leur rapport sur la situation à Notre-Dame-des-Landes. Le ministre de la Transition écologique et solidaire, depuis plusieurs mois, enchaîne les lourds dossiers à porter et n'a pas échappé aux polémiques sur l'efficacité de son action et sa marge réelle de manœuvre. L'écolo s'est fixé une ligne rouge : il ne restera pas ministre si elle est dépassée.

Ce garde-fou à ne pas franchir, il ne l'a confiée qu'à quelques proches : ce serait celui d'un retour en arrière sur les énergies du passé. Tant pis si la transition écologique ne va pas aussi vite que prévu, mais il ne cautionnera pas un nouvel EPR ou la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Dans un cas comme dans l'autre, il démissionnera. D'autant plus que Nicolas Hulot a déjà avalé beaucoup de couleuvres depuis le début de son mandat : outre l'objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire repoussé après 2025, il y a eu ce texte européen, peu contraignant, sur les perturbateurs endocriniens signé en juillet, alors que jusqu'ici la France s'y opposait.

Le porte-parole des renoncements ?

Lui-même n'hésite pas à dire qu'il est fatigué de devoir batailler en permanence au sein d'un gouvernement pas très écolo, avec un Premier ministre et un président de la République pro-nucléaire. "Il apparaît comme la carte magique du gouvernement. Emmanuel Macron a fait un gros coup en faisant rentrer dans le gouvernement celui qui symbolise le plus pour les Français et les Françaises l'engagement écologique", constate l'eurodéputé EELV Yannick Jadot. "Et aujourd'hui, il est en train d'en faire le porte-voix des renoncements écolos. C'est un jeu extraordinairement malin et cynique d'Emmanuel Macron, mais c'est en train de détruire, dans notre pays, l'idée qu'au gouvernement l'écologie peut agir", déplore encore le gagnant de la primaire 2016 des Verts.

Nicolas Hulot aurait bien conscience d'être instrumentalisé, mais ne s'en soucierait guère tant qu'il réussit à faire avancer des dossiers. Il a quelques victoires à son actif. Sur le glyphosate notamment, la France a refusé clairement le renouvellement sur cinq ans voté à Bruxelles. Il a également acté dans son "plan climat" la fin de la vente de voitures diesel et essence en France d'ici 2040.

Les convictions avant la politique

Nicolas Hulot n'est pas un professionnel de la politique, et cela l'amène parfois à regretter le lendemain ce qu'il a dit la veille. Sur le nucléaire, il a confié à des proches qu'il n'aurait jamais dû annoncer lui-même ce renoncement, mais qu'il aurait dû refiler "la patate chaude" comme il dit, au Premier ministre."Il n'est pas assez stratège, il veut rester lui-même", glisse un conseiller. Au point, par exemple, d'arriver dans son ministère en babouches un soir pour une réunion avec un grand patron.

Malgré les renoncements, les ONG estiment qu'il reste leur meilleur allié. "Il nous dit qu'il est en minorité dans le gouvernement. Il essaye de trouver le meilleur moyen de contourner certains obstacles. S'il est rentré dans cet galère, c'est parce qu'il avait ce sentiment d'urgence climatique", assure auprès d'Europe 1 Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme. "J'ai du mal à croire que ce qu'il n'a pas obtenu, quelqu'un d'autre, derrière lui, l'obtienne d'un gouvernement qui lui aura refusé", estime encore la journaliste.

La force de Nicolas Hulot aujourd'hui, ce sont ses convictions, assurent les associations. C'est aussi sa popularité. Mais la question est désormais de savoir si cela suffira pour rester et durer dans le gouvernement. 

Europe 1
Par Laure Dautriche, édité par R.Da.