Le Medef, un soutien pondéré mais réel à Macron

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© BERTRAND GUAY / AFP
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L’Université d’été du syndicat patronal, de mardi à jeudi, devrait confirmer la grande mansuétude, certes teintée de prudence, du mouvement à l’endroit des réformes du Code du travail. 

Impopulaire, Emmanuel Macron ? Auprès de l’opinion publique il semblerait, comme l'a montré un récent sondage. Auprès des patrons, en revanche, c’est moins sûr. Le président de la République a toujours eu les faveurs des chefs d’entreprise, depuis son passage au ministère de l’Economie. Et son accession à l’Elysée ne semble pas avoir changé la donne, avec cette réforme du Code du travail qui dans l’ensemble fâche les syndicats mais contente les patrons. L’université d’été du Medef, qui débute mardi, devrait confirmer cette belle entente, même si les deux parties ne vont certainement pas en rajouter dans l’idylle.

Sans Macron ni Philippe, mais… Pour preuve, ni Emmanuel Macron, ni le Premier ministre Edouard Philippe, ni même Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, ne feront le déplacement à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, alors qu’il est de coutume qu’au moins une des têtes de l’exécutif fasse le déplacement. Officiellement pour mettre la dernière main aux ordonnances, qui seront présentées officiellement jeudi aux partenaires sociaux. Officieusement pour ne pas afficher une trop grande proximité avec le patronat et ainsi fâcher les syndicats avant une négociation qui s’annonce serrée, sinon tendue. "A sa place, on n’y serait pas allés non plus", lâche dans un sourire Pierre Gattaz, président du Medef, dans Le Parisien mardi.

Pour autant, le gouvernement ne sera pas absent des universités d’été, loin s’en faut. Pas moins de 12 ministres ou secrétaires d’Etat composeront la délégation gouvernementale aux universités du Medef : "Jean-Yves Le Drian (Europe et Affaires étrangères), Bruno Le Maire (Économie et Finances), Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale), Nathalie Loiseau (Affaires européennes) et Benjamin Griveaux (secrétaire d'État auprès de Bruno Le Maire)" en seront, liste ainsi Pierre Gattaz dans Le Parisien. Et d’ajouter benoîtement : "Je peux comprendre l'absence du Président et de son Premier ministre. Les ordonnances sur la réforme du Code du travail sont attendues jeudi et cela doit les occuper."

Quand Gattaz prévient. Cela dit, pas question pour le patron des patrons d’afficher trop clairement sa satisfaction. Son credo, c’est une prudence revendiquée. D’abord face à la crainte de voir le gouvernement céder sous la pression. "J’encourage (Emmanuel Macron) à aller au bout de la réforme du Code du travail. Surtout ne rien lâcher", dit Pierre Gattaz dans Le Parisien. Ensuite en répétant ses revendications : la possibilité d’un dialogue social dans l’entreprise, pas nécessairement avec un représentant syndical, mais avec un élu du personnel non encarté. Pierre Gattaz cite aussi le barème des indemnités prud’homales, qui ne doivent pas être assorties de "cinquante exceptions". Il insiste enfin sur la fiscalité des entreprises, plaidant pour la transformation du CICI en baisse de charges et pour la suppression de l’ISF,  un "impôt idiot", selon Pierre Gattaz.

Le patron du Medef se permet même des menaces voilées si son organisation n’était pas satisfaite. "Un patron ne défile pas dans la rue, il ne fait pas grève. Mais ce serait terrible car un entrepreneur, il se démotive ou il s’exile", prévient ainsi Pierre Gattaz.

Les syndicats dénoncent une "collusion". C’est donc avec une bienveillance teintée de prudence que Pierre Gattaz et le Medef attendent de voir le contenu des ordonnances. Un état d’esprit que ne partagent pas plusieurs syndicats. "Pour le gouvernement, il ne s’agit pas de développer l’emploi, la qualité du travail, les droits des salariés mais, bien au contraire, de répondre aux exigences financières des grandes entreprises et du Medef", écrivait ainsi lundi la CGT. "Jamais la collusion entre les sommets de l'Etat et le Medef n'a été aussi importante", dénoncent de leur Solidaires, Attac, DAL, Agir ensemble contre le chômage et le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), qui appellent à manifester mercredi en marge de l’université d’été du Medef.

Un signe supplémentaire que pour le gouvernement, le plus grand danger, en matière de réforme du Code du travail, ne viendra pas du patronat.