Européennes : une "élection ingagnable" pour les cadors

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Scrutin crucial pour l'avenir du continent, les élections européennes de mai prochain revêtent aussi une grande importance en France. Mais dans ce combat qui s'annonce âpre, les principaux partis ne seront pas menés par leurs dirigeants.
LE TOUR DE LA QUESTION

Pour l'heure, chacun fourbit ses armes, dans l'ombre, pour être dans la meilleure dynamique possible au printemps prochain. Mais aucun des leaders des quatre principales forces politiques françaises ne devrait être tête de liste aux élections européennes de mai 2019, un scrutin pourtant crucial à la moitié du mandat d'Emmanuel Macron. Un paradoxe qui s'explique par les risques encourus avec une telle position, comme l'a expliqué le politologue Olivier Duhamel dans Le Tour de la Question, lundi, sur Europe 1.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Car si tous les partis ont ce scrutin dans le viseur, peu ont véritablement dévoilé leurs dispositifs :

  • Seuls Yannick Jadot et Nicolas Dupont-Aignan ont officialisé leur position de tête de liste, respectivement pour Europe-Écologie Les Verts et Debout La République, via une "liste d'union" pour ce dernier.
  • À La France insoumise, "Jean-Luc Mélenchon a refusé d'y aller lui-même", rappelle Olivier Duhamel, et c'est un binôme composé de ses lieutenants Manuel Bompard et Charlotte Girard qui mènera la liste.
  • La question de la tête de liste n'est toujours pas résolue au Parti socialiste, alors que Ségolène Royal a estimé dimanche qu'il serait "absurde" qu'elle occupe cette position. 
  • Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez a également refusé de prendre la tête de la liste "pour ne pas laisser sa région" Auvergne-Rhône-Alpes, tandis que Michel Barnier a indiqué qu'il ne serait pas tête de liste du Parti populaire européenne, le groupe qui rassemble les partis de droite au Parlement européen de Strasbourg. 
  • Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen préfère garder son fauteuil à l'Assemblée nationale. 
  • Enfin, le flou règne sur ce scrutin pour La République en marche, toujours en attente d'un nouveau ou d'une nouvelle présidente après le départ de Christophe Castaner.

Un "phénomène nouveau". Pour les cadres, le refus de se présenter est "un phénomène nouveau", assure Olivier Duhamel. "Avant, les têtes de liste se bousculaient", comme François Mitterrand candidat en 1979, date du premier scrutin à l'échelon continental. Comment expliquer ce reflux de cadors en première ligne sur la ligne de départ ? "Il y a d'abord la crainte de se prendre une claque et de faire un mauvais résultat", note le spécialiste.

Dans le dernier sondage Ifop, publié dimanche, le Rassemblement national serait crédité de 20% des voix, le même score que La République en marche, alors que la liste Les Républicains est créditée de 14%, contre 11% pour La France insoumise.

En retirer une très grande victoire politique, "comme Simone Veil" qui a tiré des élections de 1984 une "aura considérable" avec 43% des voix, serait devenu impossible. "Avec l'éclatement des listes, on ne peut plus faire 30% et sortir grand vainqueur. On se dit que c'est, d'une certaine manière, une élection ingagnable."

"Plus exigeants qu'autrefois" sur l'attachement à un mandat. "Il y a aussi l'idée que c'est moins accepté de se présenter en tant que tête de liste et de partir un mois ou deux après en laissant tomber le Parlement européen. On est un peu plus exigeants qu'autrefois" sur l'attachement à un mandat, analyse le politologue. D'un autre côté, "ils n'ont pas envie de s'enfermer à Bruxelles mais préfèrent continuer leur travail à Paris", comme ce peut être le cas pour Marine Le Pen.