Démission de Nicolas Hulot : "on est vraiment dans la solitude d'un homme"

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Nicolas Hulot a annoncé sa démission mardi matin, sans avoir prévenu personne de sa décision. Un fait rarissime et empreint d’une grande sincérité, analyse Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique.
INTERVIEW

L’information avait beau être attendue, à un moment ou à un autre, la démission de Nicolas Hulot  du gouvernement a fait l’effet d’une bombe mardi matin. Il faut dire que le désormais ex-ministre de la Transition écologique a annoncé sa décision lors d’une interview radio, sur France Inter, sans avoir prévenu son entourage, même pas son épouse. Et il l’a fait la voix chargée par l’émotion. Un moment très fort, selon Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique et professeur à l'université Paris 2, né à la fois de la personnalité de Nicolas Hulot, qui n’est pas un professionnel de la politique, mais aussi de la sincérité de l’ex-animateur télé.

Qu’avez-vous ressenti en visionnant l’interview de Nicolas Hulot mardi matin ?
La forme est très conforme à la nature du personnage. Son attitude dit beaucoup de choses. Si Nicolas Hulot est aussi populaire, c’est aussi parce qu’il n’est pas une personnalité politique comme les autres. Il n’est pas dans les calculs, les coups de billards à trois bandes. On le sent pris par l’émotion, il a des tics, les larmes aux yeux. On sent qu’il est vraiment dans la peine, dans la souffrance. On sait que c’est une idée qui le traverse depuis longtemps, mais on a presque l’impression que c’est sorti de sa bouche sans qu’il l’ait prémédité. C’est un moment très intéressant et très inhabituel, historique dans le sens où il n’y a pas d’équivalent dans le passé.

Sur le fond pourtant, cette décision n’est pas surprenante. Elle a pourtant fait l’effet d’une bombe.
C’est très étonnant par rapport à l’environnement politique. Il y a un vrai paradoxe. Tout le monde est sidéré, alors qu’en fait tout le monde s’y attendait. Les médias ont souvent relayé ses états d’âme, les efforts de l’Elysée et de Matignon, la câlinothérapie pour le retenir. Ça devait bien arriver à un moment ou à un autre. Mais la façon dont ça s’est produit en fait une chose incroyable.

Car on sent un vrai tiraillement. Il livre en même temps un réquisitoire implacable sur la politique gouvernementale, et de l’autre côté, il ne cesse de répéter que les membres du gouvernement sont ses amis qu’il sait qu’il leur fait "une mauvaise manière", comme il l’a dit. Il a appelé par avance à ce que sa démission ne soit pas exploitée politiquement. Mais de fait, il a lancé une vraie bombe contre le gouvernement.

A plusieurs reprises, durant l’interview, Nicolas Hulot assure de sa sincérité, de sa vérité. Le croyez-vous ?
Je suis spécialiste de communication politique, pas de psychologie (rires). Son corps, ses émotions trahissent sa sincérité. Quand il répète que même son épouse n’était pas au courant, on est vraiment dans la solitude d’un homme. Quand il dit qu’il n’a pas prévenu le président de la République ni le Premier ministre, car ils l’auraient dissuadé "encore une fois", c’est la vérité d’un homme.

Il semble sincère parce qu’il s’excuse presque. Quand il répète à plusieurs reprises qu’il est sincère, qu’il dit sa vérité, ce n’est pas rhétorique, ce n’est pas une méthode de vieux briscard. C’est pour convaincre ceux à qui ces paroles sont destinées, à savoir le président de la République et le Premier ministre.

L’Elysée et Matignon lui ont d’ailleurs rendu hommage. Mais lui n’a pas eu l’air de passer un bon moment.
Habituellement, les gens qui démissionnent d’un gouvernement se montrent au moins soulagés. Mais lui est tiraillé, parce qu’il sait qu’il fait un mauvais coup au gouvernement. Et la suite va lui donner raison. Comment voulez-vous que quelqu’un prenne la relève après tout ce qu’il a dit ? Ce sera un obscur député écologiste qui sera content de prendre le poste et ça passera pour ce que c’est, c’est-à-dire quelqu’un qui vend son âme pour un maroquin.