«Si Pécresse est une médiocre oratrice en meeting, elle est vraiment redoutable dans les débats»

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Nicolas Beytout , modifié à
Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce vendredi, il revient sur le débat entre Valérie Pécresse et Éric Zemmour jeudi soir sur TF1 et LCI. Pour l'éditorialiste, la candidate LR à l'élection présidentielle a clairement emporté le duel.
EDITO

D’abord un mot sur la forme : on attendait une confrontation, et, aucun doute possible, on l’a eue. C’était un débat âpre, très accroché, parfois virulent dans les expressions, pas toujours audible, pas toujours très présidentiel, et qui à lui seul démontrait que ces deux-là n’avaient à peu près aucun point commun. C’est sûr que si un jour la fameuse "union des droites" se faisait, elle ne les réunirait certainement pas. Pour le reste, c’était évidemment un moment très important pour les deux candidats, l’un(e) et l’autre victime d’un trou d’air depuis plusieurs semaines.

Il leur fallait donc enrayer la chute, et même provoquer un sursaut auprès de leurs électorats respectifs. Mais ce débat avait aussi une autre vertu : montrer… l’importance des débats dans la campagne. C’est entendu, Emmanuel Macron ne participera pas à une confrontation avec ses onze adversaires. Mais, on l’a vu hier soir, un affrontement, un choc entre des idées (pour peu qu’il soit de bonne tenue), c’est toujours un moment de démocratie. Un grand débat est impossible, alors il faut des débats, des duels, il faut de quoi se forger une opinion. Première leçon, donc : espérons que ce face-à-face en annonce d’autres, et pourquoi pas avec la participation du candidat-Président Macron.

Pécresse n'a rien lâché

Valérie Pécresse a clairement emporté le duel. Elle a une nouvelle fois démontré que, si elle est une médiocre oratrice en meeting, elle est vraiment redoutable dans les débats. Elle avait déjà usé de cette arme lors de la primaire de la droite. Hier soir, elle n’a rien lâché dans ses combats contre le polémiste-candidat. À plusieurs reprises, sur des sujets centraux comme l’Ukraine et les réfugiés, comme l’immigration et les délivrances de visas, comme le droit des femmes aussi, elle a mis en difficulté Eric Zemmour. Elle avait d’ailleurs attaqué très durement le débat en assaillant littéralement son adversaire, en le ramenant à plusieurs de ses déclarations sur la Russie, sur Poutine, et son refus d’accueillir des réfugiés ukrainiens. Par ailleurs, elle a su assez habilement jouer de son expérience de présidente de la région Ile-de-France pour placer quelques preuves de sa capacité à faire. Son principal défaut : elle a beaucoup interrompu son adversaire, jusqu’à se faire rappeler à l’ordre plusieurs fois par les journalistes qui animaient le débat. Trop de fougue, donc.

Un air de mépris chez Zemmour

Eric Zemmour ne s’est jamais laissé démonter, et on sentait son habitude des joutes oratoires. Mais il s’est un peu perdu en accusant à plusieurs reprises Valérie Pécresse d’être une Gaulliste de pacotille (je ne suis pas sûr que ça déplace un seul vote, je pense même que l’immense majorité des Français s’en fiche). Plus gênant pour lui, il a été court sur une question centrale de son programme : l’immigration zéro. Il a même fini par admettre qu’il accorderait des visas "au cas par cas" à des immigrés. Et puis, il y avait, chez lui, un air de mépris souverain pour son adversaire. Je ne sais pas s’il arrivera un jour à effacer de son visage ce sourire narquois, cet air de dédain qu’il affiche en permanence, mais ce body language (comme disent les Anglais) ne le sert pas.

Mais, je sais bien que, comme toujours à l’issue de ce genre de débat, les militants des 2 bords auront certainement pensé que leur champion l’a emporté. Ce qui est sûr, c’est qu’Eric Zemmour avait un défi majeur à relever : faire cesser le doute sur son positionnement vis-à-vis de Poutine, et je ne pense pas que sous les attaques de Valérie Pécresse il ait réussi à le faire. Quant à la candidate LR, elle devait absolument faire cesser un doute, elle aussi : celui sur sa capacité à être la bonne candidate, doute qui était né de son meeting raté en janvier dernier. Bon, ça, c’est fait, objectif atteint : par sa pugnacité dans le débat, elle a effacé le signe indien qui planait sur elle. Est-ce que ça suffira à remobiliser ses troupes ? Réponse dans les prochains jours.