Jean Luc Mélenchon Eric Zemmour 1:17
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avec AFP
Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour ont débattu jeudi soir sur BFM TV. Le débat, houleux par moment, s'est d'abord focalisé sur des thèmes chers au polémiste comme l'immigration. Le candidat La France Insoumise à l'élection présidentielle n'a pu aborder ses thèmes de prédilections qu'en seconde partie du débat.

C'est une confrontation attendue par beaucoup de monde. Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon ont débattu sur BFM TV jeudi soir. L'occasion pour l'éditorialiste, candidat putatif à l'élection présidentielle, et le leader de La France insoumise d'exposer leurs visions sur plusieurs sujets. Immigration, sécurité, identité, impôts, réchauffement climatique : les deux hommes ont exposé des points de vue très différents.

Immigration et insécurité au menu

"Vous avez une vision rabougrie de la France", "dans votre camp on guillotine" : sur l'immigration et l'insécurité mais aussi sur le social et l'économique, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour se sont opposés à grands renforts d'anathèmes, jeudi soir lors d'un débat sur BFMTV. Le polémiste d'extrême droite a annoncé la couleur dès l'introduction, en souhaitant que "s'entrechoquent les idées, même choquantes".

En face, le leader de la France insoumise a espéré que "ce soir ce ne soit pas une guerre de coqs mais un moment de responsabilité" au moment où "la France entre dans sa plus terrible crise sociale et financière". Mais le candidat Insoumis à la présidentielle a dû patienter une heure avant d'aborder ce sujet économique et social, et le duel s'est d'abord enflammé sur l'immigration et l'insécurité.

Vision "rabougrie" de la France

Interrogé pour savoir si la France intégrait ses immigrés, M. Zemmour, qui veut inscrire dans la loi l'obligation de donner à son enfant un prénom dit "français", a répondu qu'il était "contre l'intégration et pour l'assimilation". Le polémiste, qui ne cache plus son intention de se présenter pour 2022, a accusé les "élites françaises" d'avoir "fait la folie criminelle de laisser venir des millions et des millions d'immigrés venus de la civilisation arabo-musulmane". "Les Français se sentent colonisés" et ont une "peur existentielle de disparaître", a-t-il dit.

"Vous êtes un danger pour notre pays. Vous avez une vision rabougrie de la France, vous êtes raciste et vous avez été condamné pour ça", a répliqué Jean-Luc Mélenchon. "Nous serons nombreux à ne pas vous laisser faire, vous ne chasserez pas les musulmans", a ajouté M. Mélenchon à l'encontre de son adversaire, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale.

Pour Eric Zemmour, la délinquance en France "c'est un jihad, c'est une guerre civile, une guerre de pillage, de vol, de viol". "Vous avez pas honte ?" lui a demandé M. Mélenchon. "Non pas honte du tout", a répondu M. Zemmour. Eric Zemmour a craint que la France devienne "un Liban en grand" avec un "peuple français petit à petit remplacé par un autre peuple". "La réalité est cauchemardesque", a-t-il dit. "Je vais vous réveiller de votre cauchemar", a répliqué M. Mélenchon qui a accusé le polémiste d'être "l'Iran à l'envers" par sa volonté de contraindre les femmes musulmanes à tomber le voile.

 

"Disque rayé"

Sur l'économie et le social, Jean-Luc Mélenchon a déroulé son programme, plaidant notamment pour l'augmentation du smic. Sur le plan climatique, il a jugé le "défi immense" et "si on ne fait rien, en 2050, la Camargue, le marais poitevin, Dunkerque et Bordeaux seront sous l'eau". M. Zemmour, pro-nucléaire et anti-éoliennes, s'est voulu "plus modeste": "lui veut sauver la planète, moi je veux simplement sauver la France", a-t-il dit. Il a reconnu l'existence du réchauffement climatique, tout en glissant: "Je ne suis pas spécialiste, je sais qu'il y a débat".

Le polémiste a dû sortir du bois sur des thèmes qu'il aborde peu souvent. S'attaquant à un "Etat-providence obèse", il a estimé qu'il "faut réduire ces charges sociales, supprimer les impôts de production", et "il faut que la solidarité soit à nouveau nationale, que nous ne donnions plus le RSA ou les allocations familiales aux étrangers". "L'immigration touche à tous les sujets et ça hante les Français", a-t-il ajouté devant l'expression atterrée de son interlocuteur, qui a répliqué en se moquant: "Votre disque est rayé, on part de n'importe quel endroit de la chanson" pour finir sur l'immigration.

Mélenchon "relancé" par le débat

Au cours du débat, les longues tirades argumentatives ont succédé à des séquences hachées où les noms d'oiseaux ont volé. "Je vous ai écouté, petit bonhomme", a ainsi lancé Jean-Luc Mélenchon. "Oui grand timonier", a répondu Eric Zemmour, taxé plus tôt de "Woody Wood pecker" qui interromprait sans cesse son adversaire.

Le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet, professeur à Sciences Po, a estimé sur Twitter que "Mélenchon est relancé à gauche avec ce débat", "jamais en difficulté". Tandis qu'Eric Zemmour, "malgré une nervosité palpable, a bénéficié d'une émission tournée entièrement vers ses thématiques" et ne "s'est pas effondré".