Après le départ de Wauquiez, les Républicains se cherchent un avenir

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© SEBASTIEN BOZON / AFP
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Après la démission de Laurent Wauquiez dimanche soir, le parti de la droite, exsangue électoralement, doit se chercher un nouveau chef. Et se réinventer un avenir.

Il aura donc fallu une semaine pour que Laurent Wauquiez tire des élections européennes, calamiteuses pour Les Républicains, la conclusion que d’autres avaient déjà tirée avant lui. Dimanche soir, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé sa démission, sept jours après que son parti a obtenu 8,48% au scrutin européen, son pire score sous la Vème République. Longtemps, le très ambitieux énarque avait semblé vouloir tenir malgré la tempête, mais la fronde des élus et des autres cadres de LR ont finalement eu raison de sa ténacité.

Le départ de Laurent Wauquiez n’éclaircit pas pour autant l’avenir d’un parti qui a entamé un lent mais inexorable déclin depuis la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012. Les Républicains doivent désormais se chercher un chef, qui aura alors la lourde tâche d’unifier une formation éparpillée façon puzzle. Le nouvel homme fort - ou la nouvelle femme forte - de la droite devra ensuite enchaîner avec un chantier tout aussi pharaonique, sinon plus : définir une ligne politique à même de redresser un parti pris en étau, par le Rassemblement national sur sa droite, et la LREM sur sa gauche.

Qui à la tête des Républicains ?

Pour l’heure, personne n’a officiellement fait acte de candidature pour succéder à Laurent Wauquiez. D’abord parce qu’il est sans doute un peu tôt. Ensuite, et surtout, parce que ce poste de président des Républicains, naguère si convoité, est devenu bien peu séduisant, ressemblant plus à un chausse-trappe qu’à un tremplin vers la gloire.  En vertu des statuts, c’est pour l’heure Jean Léonetti, vice-président délégué, qui assure l’intérim dans l’attente d’un successeur à Laurent Wauquiez.

Cet intérim pourrait durer de longues semaines, voire de longs mois. "On n’a pas une échéance immédiate", a relevé lundi matin Jean-François Copé sur Europe 1, en référence aux municipales qui auront lieu en mars 2020. "A l’heure que nous vivons, la première question est peut-être d’attendre un peu avant de relancer une élection interne. Se donner quatre, cinq mois, réfléchir ensemble, imaginer des structures différentes, poser quelques conditions pour le prochain président du parti, c’est des questions qu’on peut se poser avant de se précipiter tête baissée vers une nouvelle bagarre", a encore appelé le maire de Meaux.  Même urgence d’attendre pour Eric Woerth, qui a plaidé sur RTL pour "une collégialité dans un premier temps" à la tête de LR.

Larcher, Pécresse, Bertrand et les autres. Malgré cette prudence affichée par plusieurs ténors, des noms émergent, forcément. En premier lieu celui de Gérard Larcher, très respecté président du Sénat. Le troisième personnage de l’Etat a lui-même précipité le départ de Laurent Wauquiez, en annonçant, très vite après la défaite aux européennes, et sans consulter son désormais ex-président de parti, une "démarche" pour construire "un projet rassemblant la droite et le centre".

D’autres grands noms ont soigneusement savonné la planche de Laurent Wauquiez et pourraient faire office de recours. C’est le cas de Valérie Pécresse, qui avait dit, dès le lundi matin, qu’à la place du désormais ex-patron des Républicains, elle démissionnerait. La président de la région Ile-de-France avait créé Libres ! en juillet 2019, histoire de se mettre en retrait de LR tout en en restant proche. Cette position pourrait lui servir désormais. Son collègue des Hauts-de-France Xavier Bertrand, est lui aussi régulièrement cité. Mais il n’appartient plus aux Républicains depuis près de deux ans, ce qui pourrait constituer un obstacle.

Enfin, il ne faudrait pas oublier les jeunes loups des Républicains, ceux qui n’ont jamais caché leur ambition. Guillaume Peltier ou Geoffroy Didier sont de ceux-là. En prenant la tête des Républicains, ils pourraient prendre date, sinon pour 2022, au moins pour 2027. Enfin, Nicolas Sarkozy reste l’éternel recours à droite, celui vers qui beaucoup se tournent dès que le parti tangue. Mais l’ancien président devra sans doute composer dans les prochains mois avec un procès dans l’affaire Bygmalion. Ce qui rend sa candidature peu probable.

Quelle ligne politique pour les Républicains ?

C’est sans doute l’une des questions les plus sensibles. L’échec de Laurent Wauquiez est aussi celui sa ligne politique, axée sur  l’identité et des positions conservatrices sur les questions sociétales. Si pendant de longs mois, les critiques en la matière étaient plutôt discrètes, la déroute électorale a délié les langues. "Le conservatisme sociétal et les questions identitaires seuls ne nous permettront jamais de gagner l'élection présidentielle", a admis le vice-président Damien Abad, pourtant fidèle à Laurent Wauquiez, la semaine passée devant le siège du parti.

La ligne Bellamy, du nom du très conservateur candidat des Républicains aux européennes, a donc probablement vécu. A charge donc pour le nouveau patron, ou pour la nouvelle équipe dirigeante, d’ouvrir les horizons du parti. Ce ne sera pas chose facile. Depuis l’émergence d’Emmanuel Macron, la formation de la droite est en effet engoncée entre le Rassemblement national d’un côté, et La République en marche de l’autre, une équation qui reste à résoudre. Mais la mission est essentielle. C’est ni plus ni moins que l’existence du grand parti de gouvernement de droite qui est ici en cause.

Quel avenir pour Laurent Wauquiez ?

Jusqu’alors, la carrière politique de Laurent Wauquiez avait été rectiligne : député à 29 ans, membre des gouvernements Sarkozy-Fillon de 2007 à 2012, maire du Puy-en-Velay en 2008 réélu au premier tour en 2014, président d'Auvergne-Rhône-Alpes depuis décembre 2015 et confortablement élu à la tête du parti fin 2017. Le voilà donc confronté à son premier coup d’arrêt, lui qui n’a jamais caché que l’élection à l’Elysée était sa quête ultime.

Interrogé sur ses ambitions dimanche soir, Laurent Wauquiez a éludé : "Je vais juste me consacrer à me battre pour les habitants (de la région Auvergne Rhône-Alpes), qui m'ont fait confiance. Voilà ce que je vais faire", a-t-il glissé. Un retour au terrain en forme de passage obligé pour qui a connu une cuisante défaite électorale mais continue de nourrir de grandes ambitions. Mais pour l’heure, c’est une traversée du désert qui se profile pour l’ancien président des Républicains. Reste à connaitre sa durée. Car la présidentielle de 2022, c’est déjà demain.