Alain Minc : "La politique, c’est un métier qu’il serait temps de payer décemment"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Le visiteur du soir Alain Minc croque des Français éternels insatisfaits politiquement et prompts à détester autant qu'à admirer ses élites.
INTERVIEW

Essayiste. Économiste. Et (surtout) conseiller des puissants. Que ce soit des hommes d'affaires ou des hommes politiques, Alain Minc est celui qui murmure à leur oreille. Et ce depuis son entrée dans la vie active à la fin des années 1970. Invité dimanche d'Isabelle Morizet et de son émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie alors que sort son essai Voyage au centre du système, il a posé son regard sur une France qui, dit-il, admire autant qu'elle déteste ses élites.

"Ascèse de la vie politique". S'il a conseillé le monde politique jusqu'aux présidents de la République successifs, Alain Minc n'a lui même jamais visé une carrière politique au grand jour. "C'était contraire à ma conception des week-ends", glisse-t-il avec une légèreté assortie d'un fond réel de vérité. "Je n’ai jamais voulu m’imposer l’ascèse de la vie politique. Elle est destructrice des vies personnelles (...). C’est un métier qu’il serait temps de payer décemment", annonce-t-il à rebours de la pensée générale. "Qu'un homme politique exerçant des fonctions importantes – parlementaire, maire de ville de taille significative - gagne moins qu’un étudiant en sortie de grande école, d’aucuns trouvent ça normal, pas moi."

"Ebaubis par les prestations de Macron". Raison parmi d'autres pour lesquelles il affirme avoir "un immense respect pour la classe politique". Une classe politique qui gère un large spectre allant "des soucis quotidiens des gens" aux "enjeux mondiaux" complexes. Il estime d'ailleurs que la scène politique française est "intellectuellement de très bon niveau. Je le dis d’autant plus en ce moment de veine populiste", souligne Alain Minc. Dans un sens, il estime aussi que les Français perçoivent cet intellect.

"Beaucoup de Français ont été ébaubi par les prestations d’Emmanuel Macron (durant les grands débats) quand, pendant sept heures, il répond au public. Il fait un grand oral de l’ENA pendant sept heures, ce qui représente la quintessence de l’élite que les Français, qui l’admirent pour ça, vomissent par ailleurs. Ils hurlent contre l’ENA, contre les grands corps de l’Etat, contre les élites et sont tous là à dire que c’est formidable." Pour lui, les Français sont donc "schizophrènes".

Schizophrénie. C'est pourquoi selon Alain Minc, la France est en fait une... monarchie démocratique. "Dans une monarchie, on aime et on déteste le Roi, on aime et on déteste la cour. On est dans cet état de choses-là. Je suis sûr que, parmi les 'gilets jaunes' et encore plus parmi les 60% de Français qui à l’époque disaient les soutenir, une fraction importante d’entre eux sont exactement pris dans cette schizophrénie", décrit l'analyste qui espère voir finir le mouvement.

Mais la détestation des élites n'est pour lui pas l'apanage des Français. Le conseiller fait un parallèle avec les États-Unis de Trump, élu sur "la détestation de Washington par les anciens ouvriers des régions industrielles". L'Italie n'est selon lui pas en reste avec "l’absurde coalition qui allie un pré-fasciste, Matteo Salvini, à un clown, Luigi Di Maio."

Insatisfaction permanente. Mais selon Alain Minc, en France, une insatisfaction chronique s'ajoute à la schizophrénie. "Madame Merkel a gagné quatre élections, Tony Blair trois, Felipe Gonzalez en Espagne, quatre. En France, nous nous sommes retournés à chaque cycle", ce qui fait des Français des champions de l'alternance. "J’espère bien qu’Emmanuel Macron sera réélu pour mettre fin à cet état de choses."

Europe 1
Par Aurélie Dupuy