Affaire Kohler : Macron est-il intervenu pour protéger son bras droit ?

, modifié à
  • A
  • A
Macron Kohler 2000*1000 1:57
Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, sortant de Matignon avec son bras droit à Bercy, Alexis Kohler. © JACQUES DEMARTHON / AFP
Partagez sur :
Après les révélations de Médiapart, l'Élysée confirme qu'Emmanuel Macron a bien écrit une note dans laquelle il indiquait avoir connaissance des liens familiaux entre Alexis Kohler et l'armateur MSC. Mais les proches du président réfutent tout fait du prince pour arrêter l'enquête qui visait alors le bras droit de l'ex-ministre de l'Économie, soupçonné de conflits d'intérêts. 
DÉCRYPTAGE

C'est une note qui met dans l'embarras jusqu'au plus haut sommet de l'État. Tandis que le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler est de nouveau soupçonné de conflits d'intérêts avec l'armateur MSC après de nouvelles révélations de Mediapart, le palais présidentiel confirme qu'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie de François Hollande, a bel et bien écrit un courrier transmis au parquet national financier. Institution qui, à la date de la note, le 1er juillet 2019, enquêtait sur les liens étroits d'Alexis Kohler avec l'entreprise. 

Une enquête stoppée un mois après la note d'Emmanuel Macron

Mais le mois suivant, en août 2019, le PNF décide de classer son enquête sans suite. Hasard du calendrier ou pression sur la Justice ? C'est pour le savoir que les juges d'instruction ont décidé de reprendre les investigations ce mercredi. De son côté, l'Élysée réfute toute tentative de pression dans ces trois paragraphes, transmis par l'avocat d'Alexis Kohler, où Emmanuel Macron écrit qu'il était au courant des liens de son bras droit avec l'armateur italo-suisse (fondé et dirigé par les cousins de sa mère), et qu’il avait accepté qu’il ne traite jamais un dossier en lien avec cette société. 

De Bercy à directeur financier de MSC Croisières

Après avoir siégé au conseil d'administration de STX France entre 2010 et 2012 en tant que représentant de l'État alors qu'il travaillait à l'Agence des participations de l'Etat, Alexis Kohler avait voulu, à deux reprises, rejoindre MSC, à chaque fois après avoir exercé des fonctions au sein de cabinets ministériels à Bercy. La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l'instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s'était opposée à sa demande.

Mais en août 2016, quand Emmanuel Macron a quitté le ministère de l'Economie, Alexis Kohler a finalement obtenu le feu vert de la commission et rejoint MSC Croisières au poste de directeur financier. Quelques mois plus tard, à l'élection de Emmanuel Macron en mai 2017, il avait été nommé à l'Elysée. Lors de ces consultations de la commission, les liens familiaux d'Alexis Kohler avec l'armateur n'avaient jamais été mentionnés.

 

Pas de fait du prince pour les proches du président

De leur côté, les proches du chef de l'État contestent fermement tout fait du prince, à l'instar de Sibeth Ndiaye : "En aucun cas, le président de la République, qui est le garant de l'indépendance de la justice, n'intervient dans le cours d'une procédure judiciaire engagée." Une phrase martelée ce mercredi par la porte-parole du gouvernement, mais aussi ancienne collaboratrice d'Emmanuel Macron et d'Alexis Kohler à Bercy. 

Pour sa part, le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, un proche du chef de l'État, a appelé à "ne pas confondre la séparation des pouvoirs, qui est une règle absolue qui fait que le législatif, l'exécutif et l'autorité judiciaire doivent avoir des vies distinctes, ne pas peser les uns sur les autres, et une sorte d'attestation d'employeur".

"On se pose des questions sur la relation entre justice et politique"

Les oppositions ont en revanche dénoncé le procédé : "On se pose des questions sur la relation entre justice et politique", s'est ému le député LFI Bastien Lachaud, alors que le responsable du RN David Rachline a raillé "un nouveau monde (qui) ressemble étrangement à l'ancien".

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot, édité par Ugo Pascolo avec AFP