Affaire Benalla : l'audition de Collomb "consternante" pour Mélenchon, "très inquiétante" pour Le Pen, LREM défend le ministre

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Gérard Collomb a été auditionné lundi matin par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. © FRANCOIS GUILLOT / AFP
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De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par les députés socialistes, l'opposition n'a pas vraiment été convaincue par l'audition du ministre de l'Intérieur par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale lundi.

Deux heures et demi d'audition, sous serment, n'ont pas suffi à calmer la tempête qui s'abat depuis moins d'une semaine sur le gouvernement. Lundi, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est défendu de tout manquement personnel dans l'affaire Alexandre Benalla, ce proche d'Emmanuel Macron impliqué dans des violences lors de la manifestation du 1er-Mai. Mais dans les couloirs du palais Bourbon, les membres de l'opposition ont tous fait part de leur scepticisme, pour ne pas dire plus.

"Il ment", accuse Mélenchon. "L'audition de Gérard Collomb est consternante. Il ment", a ainsi accusé Jean-Luc Mélenchon. "Il ne peut pas ne pas connaître Benalla. C'est impossible, et pour pleins de raisons. Benalla et Crase étaient tous les deux responsables de la sécurité pdt la campagne présidentielle de M. Macron et M. Collomb joue un rôle essentiel dans cette campagne", a notamment détaillé le président du groupe La France Insoumise à l'Assemblée.

Et le chef de file des Insoumis de résumer à sa manière : "une fois qu'on enlève ses mensonges, il n'est au courant de rien et tout est de la faute du préfet de police."

 

Collomb et les "fusibles lâchés par la majorité". David Habib, député socialiste des Pyrénées-Atlantiques et membre de la commission d'enquête était lui aux côtés de Gérard Collomb lors de cette audition exceptionnelle. L'élu n'en est pas ressorti convaincu. "Il est venu nous dire 'je ne sais rien'. Et quand il sait, il renvoie la responsabilité sur le préfet de police ou sur le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, qui apparaissent déjà l'un et l'autre comme deux fusibles qui vont être lâchés par la majorité", a-t-il asséné sur Europe 1.

Le Pen dénonce "une structure parallèle". Marine Le Pen va encore plus loin : "L'audition a confirmé les pires soupçons que nous avions, à savoir qu'il existe en réalité une structure parallèle dans notre pays, qui relèverait de la présidence de la République, et qui n'est soumise à aucune décision du ministère de l'Intérieur ; qui n'est d'ailleurs semble-t-il soumise à aucune hiérarchie", a lâché la présidente du Rassemblement national, qui n'a pas hésité à parler d'une "sorte de police parallèle".

"Pour cela, cette audition a été très inquiétante puisqu'elle a révélé nos pires craintes. Il ne s'agit pas de tel ou tel homme qui a failli, mais de la révélation d'un système qui semble être un système occulte, hors hiérarchie, et qui permet à des gens sur lesquels on n'a aucun élément d'être au plus près du président de la République", s'est-elle encore alarmée.

"Tout cela est très confus, très imprécis". "Sur toutes les questions, Gérard Collomb ne sait pas, alors que le préfet de police est sous sa responsabilité. Et sur le reste, il renvoie au cabinet d’Emmanuel Macron. C’est le président qui avait semble-t-il une police parallèle à la police officielle", a aussi rapporté sur Europe 1 Éric Diard, député Les Républicains des Bouches-du-Rhône et membre de la commission d’enquête parlementaire. Selon le député de l'opposition, "le ministre de l’Intérieur semble avoir été complètement court-circuité par le cabinet du président. (...) Tout cela est très confus, très imprécis", a-t-il déploré.

"Il faut beaucoup de culot pour l'accuser de mentir", répond un député LREM. Du côté de la majorité, plusieurs députés ont cependant pris la défense du ministre de l'Intérieur. C'était le cas d'Aurore Bergé, lundi matin sur Europe 1. C'est aussi celui de Gilles Le Gendre. Le député de Paris et vice-président du groupe LREM à l'Assemblée nationale prévient, toujours sur Europe 1 : "Il n'y aura pas deux commissions d'enquête. Il n'y aura pas la commission d'enquête officielle, qui a siégé ce [lundi] matin, et la commission d'enquête des couloirs de l'Assemblée, des studios de radio et des plateaux de télévision. La seule enquête qui vaille, c'est celle qui force ceux qu'on auditionne à témoigner sous serment. Il faut quand même beaucoup de culot pour accuser le ministre de l'Intérieur de mentir", a-t-il lancé en guise de réponse aux accusations.

Et l'élu de défendre Emmanuel Macron, qui a annulé son déplacement mercredi sur l'étape du Tour de France et qui se fait particulièrement discret depuis la révélation de l'affaire, mercredi dernier par le journal Le Monde : "Si aujourd'hui il prenait la parole, qu'entendrait-on ? Qu'il vient se mêler aux trois enquêtes qui sont diligentées (judiciaire, administrative et parlementaire, ndlr). Il n'a pas vocation à rentrer dans ces débats-là. (…) En aucun cas, personne n'a cherché le moins du monde à étouffer l'affaire".

De nouvelles auditions à venir. Après l'audition du préfet de police de Paris devant cette même commission d'enquête lundi après-midi, le ministre de l'Intérieur sera mardi devant la commission d'enquête sénatoriale, qui pourrait également entendre mercredi, selon des sources parlementaires, le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda, également sur la sellette.

Europe 1
Par Thibauld Mathieu