Martine Laroche-Joubert : les grands reporters sont "indispensables pour comprendre le monde, pour endiguer les fake news"

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Martine Laroche-Joubert publie dans un livre ses "mémoires de reporter de guerre". 1:30
Martine Laroche-Joubert publie dans un livre ses "mémoires de reporter de guerre". © Capture d'écran Twitter
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Grand reporter de guerre, Martine Laroche-Joubert regrette dimanche sur Europe 1 que les journaux télévisés français n’accordent plus autant de place aux sujets internationaux.
INTERVIEW

Depuis 35 ans, elle a connu les pluies d’obus et l’odeur du sang sur les terrains de guerre. La journaliste Martine Laroche-Joubert, grand reporter au service étranger de France 2, publie un livre, Une femme au front, mémoires d’une reporter de guerre, dans lequel elle revient sur sa carrière et ses reportages qui l’ont menée sur les lignes de front, à Sarajevo, en Libye, en Afghanistan, ou encore en Haïti. Aujourd’hui, elle regrette le manque de place accordée dans les journaux télévisés français aux sujets de politique étrangère.

"Je trouve que la place accordée à l’étranger, aux grands événements internationaux, n’est pas assez consistante dans les journaux, je le déplore, et ce n’est certainement pas la faute des reporters qui se battent pour ça", souligne-t-elle au micro d’Isabelle Morizet dimanche, dans l’émission Il n’y a pas qu’une vie dans la vie.  

"Des patrons de presse trop frileux"

Martine Laroche-Joubert met notamment en cause les patrons de presse et la hiérarchie dans les rédactions, qui se montrent selon elle trop timorés, voire indifférents aux grands reportages : "C’est souvent la faute de patrons de presse frileux, de rédacteurs en chef qui s’en fichent peut-être, des présentateurs aussi. Ce métier est décrié par les politiques, par les financiers dans les rédactions qui ne voient pas à quoi peuvent servir les reporters. On ne représente qu’un budget pour eux."

La grand reporter regrette d’ailleurs qu’aujourd’hui l’aspect financier ait pris le dessus sur l’intérêt journalistique d’un sujet. "C’est vrai qu’envoyer des reporters, ça coûte de l’argent et beaucoup de patrons de presse sont beaucoup plus gestionnaires que journalistes. Donc souvent, les reporters ont du mal à les convaincre qu’il faut partir. C’est un combat aussi à l’intérieur de la rédaction pour réussir à partir sur les terrains chauds", souligne-t-elle.  

Un combat indispensable à l’ère des fake news

Les patrons de presse "pensent que l’étranger n’intéresse pas les gens, mais ce n’est pas vrai", renchérit Martine Laroche-Joubert. Et selon elle, envoyer des reporters à l’étranger est devenu encore plus nécessaire aujourd'hui qu’il y a 30 ans, alors qu’il faut enrayer le flot de désinformation.

"C’est indispensable pour comprendre le monde, pour endiguer les fake news, pour donner la parole à des gens qui ne l’auraient pas si nous n’étions pas là. Ce métier est indispensable, il faut envoyer des reporters pour connaître le monde. On présentera toujours que des fragments de réel, nous ne sommes pas partout, mais ces fragments de réel sont indispensables, surtout à notre époque", plaide la journaliste. Et à 72 ans, Martine Laroche-Joubert garde autant ses convictions que son énergie. Elle devrait bientôt retourner à Raqqa et Mossoul.

Europe 1
Par Mathilde Belin