Les déboires de Mediapro et Téléfoot risquent d'emmener le foot français dans le mur

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Jaume Roures, à droite, le patron de Mediapro. 2:26
Jaume Roures, à droite, le patron de Mediapro. © FRANCK FIFE / AFP
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Pour Virginie Phulpin, chroniqueuse d'Europe 1, la crise entre Mediapro et la Ligue prouve que "le pari est déjà perdu". "Quand la confiance est entamée à ce point entre une chaîne et son public potentiel, on va dans le mur", estime-t-elle.
EDITO

La menace d'une faillite générale plane sur le football français. La demande par Mediapro, le principal diffuseur de la Ligue 1 et de la Ligue 1, d'un report d’un versement de 172 millions d’euros à la Ligue la semaine dernière, et d'une renégociation du montant des droits de diffusion, inquiète les acteurs du secteur. Pour notre chroniqueuse Virginie Phulpin, cet épisode prouve que le pari Mediapro est déjà perdu, et qu'il faut penser à la suite, au lieu de se rejeter la responsabilité du fiasco. 

"Regardons les choses en face, froidement. Qui va s’abonner à la chaîne Téléfoot en ce moment ? Personne. C’est quand même compliqué de décider de débourser 25 euros par mois pour une chaîne qui pourrait disparaître à court ou moyen terme. Parce que c’est de ça dont on parle. Depuis une semaine, on sait que Mediapro ne peut pas payer sa deuxième traite, le groupe a réclamé un délai et demande même à négocier le prix à la baisse avec la Ligue. Donc la menace de la faillite, elle est bien là. Et si personne ne s’abonne, c’est fini. Mediapro a besoin, en gros, de 3 millions et demi d’abonnés pour que son modèle soit rentable. Là, il n’y en a que 500.000 au mieux. Et ça ne va pas s’arranger.

On peut retourner le problème dans tous les sens, le pari est déjà perdu. C’est trop tard. Quand la confiance est entamée à ce point entre une chaîne et son public potentiel, on va dans le mur. Je ne parle absolument pas de la qualité de la chaîne et des gens qui y travaillent, ce sont les premiers à vivre une sale période. Mais si Mediapro va dans le mur, le foot français va suivre. Puisque toute l’économie du football s’est construite autour de ces droits télé qu’on a vu exploser avec ce nouvel arrivant. S’ils ne sont pas versés à la Ligue, donc aux clubs, tout s’écroule.  

Il faut chercher des solutions

Le problème est qu’en ce moment, tout le monde dit que c'était sûr que ça ne pouvait pas marcher. En gros, tout le monde savait que Mediapro sentait le souffre et qu’on allait au-devant de grandes déconvenues, mais personne n’a rien dit. J’exagère un peu, il y a des voix qui se sont élevées en 2018 pour appeler à la prudence, que ce soit dans le monde du foot ou en politique. Mais à la Ligue, on s’est laissé aveugler par le contrat faramineux avec Mediapro. Vous pensez, plus de 800 millions d’euros par an sur 4 ans pour nos Ligue 1 et Ligue 2, c’était tellement énorme qu’on n’allait quand même pas demander des garanties.

Alors aujourd’hui, chacun rejette la faute sur l’autre, puisque la gouvernance de la Ligue a changé. C’est un peu facile, et surtout, ça ne sert à rien, on n’en est plus là. Maintenant, il faut chercher des solutions, prospecter auprès d’autres diffuseurs potentiels, aller voir les historiques. Parce que sans abonnés supplémentaires pour Téléfoot, c’est le foot français qui risque d’être aux abonnés absents. Des clubs de Ligue 1 au football amateur."

Europe 1
Par Virginie Phulpin, édité par Antoine Terrel