Venezuela : la MUD, une coalition fragile en quête d'un leader

Pour la première fois en seize ans, la droite a pris le pouvoir aux élections législatives, mais la coalition risque de rapidement atteindre ses limites.
Pour la première fois en seize ans, la droite a pris le pouvoir aux élections législatives, mais la coalition risque de rapidement atteindre ses limites. © AFP
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avec AFP
Pour la première fois en seize ans, la droite a pris le pouvoir aux élections législatives, mais la coalition risque de rapidement atteindre ses limites.

Le contexte. Dimanche, la Table de l'unité démocratique (MUD : Mesa de la Unidad Democratica) a remporté la majorité parlementaire au Venezuela, face au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) du président Nicolas Maduro. C’est la première fois en seize ans que les socialistes sont battus. Mais cette coalition est composée d’une trentaine de partis, qui vont maintenant devoir gouverner ensemble. pas si simple.

Sa création. La coalition qui a remporté 99 sièges au Parlement (sur 167 sièges au total ) a été créée formellement en 2009 même si, dans les faits, elle existe depuis 2006. Elle rassemble des formations allant de la gauche modérée à la droite dure. Un large spectre politique qui n’est pas sans inconvénients. La coalition est constamment tiraillée entre les modérés et les radicaux, qui ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la stratégie à adopter pour parvenir à un changement de gouvernement.

Ses leaders. L'aile radicale de la MUD est dirigée par Leopoldo Lopez, condamné en septembre dernier à près de 14 ans de prison pour incitation à la violence durant les manifestations de 2014, qui s'étaient soldées par 43 morts selon les autorités.

Les deux autres leaders radicaux sont le maire destitué du grand Caracas, Antonio Ledezma, incarcéré après avoir été accusé de complot contre le président, et l'ex-députée Maria Corina Machado, dont la candidature aux élections législatives a été bloquée par le Conseil électoral.

L'aile modérée est menée par Henrique Capriles, gouverneur de l'Etat de Miranda et deux fois candidat présidentiel, qui avait perdu en 2013 face à Nicolas Maduro, avec une différence de seulement 1,5 point.

Son positionnement. A son origine, la MUD avait choisi une voie modérée, rappelle l'analyste politique Colette Capriles, avec la conviction que "la manière d'affronter le gouvernement était par la voie démocratique, pacifique et électorale". Son premier candidat, Manuel Rosales, à l'époque gouverneur de l'Etat pétrolier de Zulia (nord-est), avait subi une lourde défaite en 2006 face à Hugo Chavez, qui avait récolté 62,84% des voix.

Mais un an plus tard, elle avait décroché sa première victoire, en faisant s'imposer le non au référendum sur une série de réformes constitutionnelles, dont la possibilité de réélection illimitée du président. Même si sa victoire avait été de justesse, elle était parvenue à briser l'image d'imbattable dont se prévalait, jsuqu'alors, le gouvernement socialiste.

Sa progression. Aux élections législatives de 2009, la coalition a présenté des candidats unitaires, ce qui lui a permis d’avancer en nombre de voix et de sièges, mais sans arriver jusqu'à la majorité parlementaire. Puis, elle a encore progressé en 2013 au scrutin présidentiel, après la mort d'Hugo Chavez, grâce au bon score de son candidat Henrique Capriles face à Nicolas Maduro.

Depuis, elle avait gagné peu à peu en popularité, tandis que Maduro, lui, perdait la sienne. L’effondrement économique du pays sous l'effet de la chute des cours du pétrole a suscité un mécontentement populaire conséquent.

Les dissensions. La MUD souffre de ses dissensions et de son absence de leader. Cette coalition "n'est pas un compromis entre plusieurs partis, mais le résultat d'un processus très long d'essais et d'erreurs pour trouver comment organiser la lutte politique face à un gouvernement aux velléités hégémoniques", explique Colette Capriles. Ses divisions s'étaient révélées au grand jour en 2014, quand Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado avaient mis au point une stratégie, baptisée "la sortie", pour forcer le départ de Nicolas Maduro via des protestations dans les rues, tandis que l'aide modérée de la coalition prônait une voie plus pacifique.

Comme le rappelle Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Amérique latine à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris, "ce qui unit l'opposition, c'est le rejet du pouvoir". "Au-delà, il y a peu d'atomes crochus entre ses composantes qui couvrent un champ politique allant d'un extrême à l'autre", analyse-t-il. Pour lui la victoire de la MUD "sera donc aussi pour l'opposition un moment d'autant plus difficile à gérer que, majoritaire au Parlement, elle aura à cohabiter avec une présidence adverse", une cohabitation difficile qui pourrait justement fragiliser son unité.