Vives tensions à la frontière entre le Venezuela et la Colombie

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Nicolas Maduro a rompu, samedi, tous liens diplomatiques avec son voisin colombien.
Nicolas Maduro a rompu, samedi, tous liens diplomatiques avec son voisin colombien. © MARCELO GARCIA / VENEZUELAN PRESIDENCY / AFP
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Au moins 285 personnes ont été blessées, samedi, sur un pont frontalier entre les deux pays. Des heurts ont éclaté alors que le gouvernement vénézuélien bloque le passage de convois humanitaires.

Les soubresauts de la politique vénézuélienne ont des répercussions dans toute l'Amérique latine. Samedi, c'est sur les pont Simon Bolivar et Santander, à la frontière avec la Colombie, que des violences ont éclaté autour du passage de convois humanitaires. Au total, près de 300 personnes ont été blessées dans la répression ordonnée par le gouvernement de Nicolas Maduro pour empêcher qu'elle entre dans le pays, a annoncé la Colombie.

Lacrymogènes et balles en caoutchouc. Quatre camions ont tenté de forcer le passage, soutenus par la foule qui exigeait l'entrée de cette aide humanitaire envoyée principalement par les États-Unis. Les soldats et les policiers vénézuéliens ont alors fait usage de lacrymogènes et de balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, faisant au moins 42 blessés. Quatorze d'entre eux ont dû être "transférés" pour recevoir des soins médicaux, selon un employé de la Défense civil. Par ailleurs, selon les services colombiens de l'immigration "deux camions" d'aide ont été incendiés, sur ordre du président Maduro. Si le pouvoir vénézuélien refuse les vivres et les médicaments transportés par ces camions, c'est qu'ils cachent, selon lui, une tentative d'intervention militaire des États-Unis. Leur entrée est pleinement soutenue par Juan Guaido, le principal opposant de Nicolas Maduro, qui s'est proclamé président par intérim et est reconnu comme tel par une cinquantaine de pays.

Désertion. La situation est d'autant plus chaotique à la frontière colombienne qu'au moins 60 membres des forces de sécurité du Venezuela, dont 20 militaires, ont déserté samedi pour rejoindre Bogota. Dans un précédent bilan établi par le service des migrations colombiens, 13 personnes, dont 11 militaires et deux policières, avaient déjà fui leur pays pour se réfugier en Colombie. Un journaliste de l'AFP a lui-même constaté le passage de quatre d'entre eux du côté colombien par le pont Simon Bolivar.

" Maduro ne peut rompre des relations diplomatiques que la Colombie n'a pas avec lui "

Rupture des liens diplomatiques. En réponse à cette tension galopante, Nicolas Maduro a annoncé la rupture des "relations politiques et diplomatiques avec le gouvernement fasciste de Colombie dont les ambassadeur et consuls ont 24 heures pour quitter le Venezuela". Tout de rouge vêtu, devant un rassemblement de ses partisans à Caracas, il a estimé que sa patience était "à bout". "Nous ne pouvons continuer de supporter que le territoire de Colombie se prête à une agression contre le Venezuela. Ivan Duque, tu es le diable". Selon lui, jamais un gouvernement combien n'était "tombé aussi bas". 

"Un dictateur". La Colombie a immédiatement réagi aux propos du président vénézuélien, non sans ironie. "Maduro ne peut rompre des relations diplomatiques que la Colombie n'a pas avec lui", a déclaré Marta Lucia Ramirez, la vice-présidente colombienne, sur Twitter. Et d'ajouter que le dirigeant chaviste "n'est qu'un dictateur qui occupe de force Miraflores", le palais présidentiel à Caracas. "Notre gouvernement n'a pas nommé d'ambassadeur là-bas, ni ne reconnaît l'ambassadeur de Maduro, étant donné que son mandat [présidentiel] s'est achevé le 9 janvier." La réélection du président est en effet jugée frauduleuse par ses adversaires, mais aussi certains de ses voisins.

Deux morts à la frontière brésilienne

Il n'y a pas qu'à la frontière avec la Colombie que la situation est très tendue. Entre le Venezuela et le Brésil aussi, des convois d'aide humanitaire sont bloqués. Selon l'ONG de défense des droits humains Foro Penal, opposée au gouvernement vénézuélien, au moins deux personnes ont été tuées samedi à cet endroit-là. "Les deux décès sont le résultat de la répression des militaires lors des heurts à Santa Elena de Uairén. Tous deux ont été tués par balles, l'un d'eux en pleine tête", a indiqué à l'AFP Olnar Ortiz, un militant. L'une des victimes est un adolescent de 14 ans.