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Antoine Terrel , modifié à
Invité mercredi d'Europe 1, le photojournaliste français d’origine iranienne Reza est revenu sur la crise entre l'Iran et les Etats-Unis, après l'assassinat du général Soleimani. Selon lui, en tirant des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, le régime a voulu "montrer les muscles". 
INTERVIEW

Alors que l'escalade entre l'Iran et les Etats-Unis a franchi une nouvelle étape après les tirs de missiles iraniens sur des bases abritant des soldats américains en Irak, des dizaines de milliers de personnes se sont pressées mardi dans les rues de Kerman sur le parcours du cortège funèbre du général Qassem Soleimani. Une émotion populaire que Reza, photojournaliste français d’origine iranienne, tient à relativiser et lie notamment à la "propagande du régime". 

"Après la mort de Staline en URSS, il y a eu 5 millions de personnes dans les rues", rappelle-t-il mercredi au micro d'Europe 1, expliquant que cette émotion, "créée par la propagande du régime", est le "résultat de 40 ans de lavage de cerveau des Iraniens". Le gouvernement, ajoute-t-il, a "fermé pendant trois jours toutes les administrations, les écoles, les commerces, en obligeant les personnes à venir". 

Soleimani "était devenu un danger pour Khomeini"

Selon Reza, le général Soleimani, personnalité clé du pouvoir iranien, était "un personnage créé depuis longtemps par le régime, qui avait besoin de personnalités comme lui". Et le photojournaliste de rappeler le rôle du général dans la répression des manifestations en Iran ou en Irak, lors desquelles des centaines de personnes ont trouvé la mort. Soleimani, dit-il, était "un criminel qui a ordonné l'assassinat des manifestants dans les rues". 

Pour le pouvoir iranien, toutefois, la mort de Qassem Soleimani représente un double avantage, analyse encore Reza. Par sa popularité, il était "devenu un danger pour Khameini et le président de la République", explique-t-il, tandis que sa disparition a permis à un régime "sans aucune popularité" d'organiser la célébration du martyr de Soleimani. 

Levée de l'accusation d'espionnage contre Fariba Adelkhah : "un jeu diplomatique"

Après l'escalade verbale, l'Iran a accentué sa riposte en tirant des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak. "C'est pour montrer les muscles", relativise Reza, "il fallait que l'Iran fasse quelque chose", tout en sachant qu'il "ne peut pas se mettre devant l'armée américaine". Et de prévoir "d'autres attaques dans les jours prochains pour sauver la face", peut-être menées par le Hezbollah "ou d'autres groupes que l'Iran soutient".

Alors que les autorités judiciaires iraniennes ont annoncé mardi la levée de l'accusation d'espionnage qui pesait sur Fariba Adelkhah, une universitaire franco-iranienne détenue depuis juin, Reza qualifie cette décision de "jeu diplomatique". "Nous avons en face de nous un régime mafieux et criminel". "Il sont en train de tout perdre, donc ils sont capables de tout faire", dit-il encore. "Ils invitent les chercheurs et les utilisent ensuite comme monnaie d'échange !".