Pourquoi la chercheuse Fariba Adelkhah est-elle détenue en Iran ? "Son dernier mail m'a laissé un sentiment désagréable..."

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L'universitaire Fariba Adelkhah a été arrêtée à Téhéran il y a plus d'un mois. Jean-François Bayart, qui prépare un ouvrage avec elle, relate les dernières nouvelles qu'il a eues d'elles. 
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Une éminente chercheuse franco-iranienne a été arrêtée à Téhéran. L'information a été confirmée lundi par le Quai d'Orsay après les révélations d'un site Internet iranien pour la défense des droits de l'Homme.

Dernier mail le 12 juin, mais…

Son nom ? Fariba Adelkhah, 60 ans, directrice de recherches internationales à Sciences Po Paris. Anthropologue, elle est spécialiste de l'Iran et auteure de trois livres de référence aux éditions Karthala. Sa famille a pu lui rendre visite, mais le plus grand flou entoure cette arrestation, en pleine période de tensions entre Téhéran et les capitales occidentales.

Près de 20 jours se sont écoulés entre la date de son arrestation et le signalement au Quai d'Orsay, survenu le 25 juin par ses collègues chercheurs. "La dernière trace sur WhatsApp remonte au 5 juin à 15 heures", retrace Jean-François Bayart, ancien directeur du Centre de recherches internationales (CERI), professeur à l’IHEID de Genève, qui prépare un ouvrage avec Fariba Adelkhah. "Deux ou trois jours après, je lui ai envoyé un mail, auquel elle a répondu de manière assez étrange, le 12 juin. La manière dont le mail était écrit m'a laissé un sentiment désagréable. J'ai compris par la suite qu'elle n'était pas l'auteure de ce mail, ou qu'elle l'avait écrit sous la contrainte."

Un "agent 007" en Iran ?

Comment expliquer cette arrestation ? "Dans une interview malheureusement prémonitoire [à L'Express, en août 2009, NDLR], Fariba avait dit qu'en Iran, tout chercheur était 'un agent 007'", raconte Jean-François Bayart.

Le porte-parole du gouvernement iranien semblait peu au fait de cette arrestation, signe des divisions entre les modérés et les durs du régime, qui feraient tout pour voir capoter les discussions en cours. Quant aux autorités françaises, elles réclament une protection consulaire pour Farida Adelkhah, mais rien n'y fait. Téhéran considère que la chercheuse est iranienne et uniquement iranienne. Par conséquent, Paris n'a pas son mot à dire pour réclamer une quelconque protection consulaire.