L’angoisse des "speechwriters", chargés d'écrire le discours d'Obama à la presse

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Chaque année, le président américain donne un discours humoristique. Un exercice à haut risque pour ses équipes chargées de rédiger l’intervention.

C’est un rendez-vous que ses équipes préparent depuis des mois. Samedi soir, Barack Obama prendra la parole devant l'Association des correspondants de la Maison-Blanche (WHCA). Une tradition née en 1924 sous Calvin Coolidge, devenue l’un des rendez-vous les plus importants pour le président américain.

" "C’est sans doute le plus difficile qu’ils ont à écrire" "

Une fois par an, le temps d'une soirée, c’est sur le ton de l’humour que le président américain s’adresse à l’ensemble des journalistes chargés de suivre la Maison-Blanche. Une tradition purement américaine à laquelle Barack Obama s’est déjà prêté sept fois. Samedi soir sera donc la dernière pour le démocrate, qui quittera la présidence en janvier 2017.

Depuis plusieurs mois, déjà l’équipe chargée des discours du président planche sur le sujet. "C’est sans doute le plus difficile qu’ils ont à écrire", estime François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis. Pas évident, en effet, de faire rire le tout Washington tout en prenant le soin de ne froisser personne. "Il faut trouver le ton juste : pas de blagues trop osées, mais pas non plus un ton trop sérieux. Et puis surtout, il faut que cette prise de parole reste une occasion de faire passer des messages politiques", ajoute l’historien.

On se souvient, par exemple, l’an dernier, du traducteur en colère aux côtés d’Obama, qui avait beaucoup fait rire l'assemblée sur un thème pourtant délicat : les rapports inter-raciaux. "Cela a été une manière de parler des tensions qui existent entre les communautés, alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait dans un discours traditionnel", souligne le spécialiste.

  • Barack Obama répète ses blagues avec Michelle

Aux commandes de l’équipe chargée d’écrire le speech cette année : Cody Keenan. Ce démocrate d’à peine 35 ans, dirige l’ensemble des auteurs des discours – les "speechwriters"- de la Maison-Blanche. "Ce discours nécessite un vrai travail collectif : il y a des dizaines de collaborateurs qui réfléchissent ensemble, qui couchent des idées sur papier, qui échangent, qui inventent", détaille François Durpaire, précisant que "la touche finale est apportée par Barack Obama qui va dire : "ça je le sens, ça non"".

Tout est affaire de dosage. "On arrive à une centaine de blagues et il faut garder les 20 meilleures", explique, pour sa part, Cody Keenan. "Il faut avoir le cuir épais car la plupart des blagues que vous avez proposées vont passer à la trappe". Pour aider l’équipe dans son travail, d'anciens conseillers de la Maison-Blanche sont sollicités, comme Jon Favreau, l’ancien directeur du bureau de rédaction des discours, Jon Lovett, Dan Pfeiffer ou encore David Axelrod, conseiller et proche d’Obama depuis de nombreuses années.

Et puis, une autre personne intervient également dans la confection de ce discours : Michelle, l’épouse du président américain. "Il se dit que Barack Obama répète son discours avec elle, qu’elle lui donne quelques derniers conseils", rapporte François Durpaire.

  • "Obama a un énorme potentiel d’"actor studio""

Mais un texte, aussi drôle soit-il, peut complètement perdre sa saveur s’il n’est pas porté par son interprète. Et sur ce point, Barack Obama est bon, "il a un énorme potentiel d’"actor studio"", juge l’historien. Barack Obama est particulièrement à l’aise et  joue cette partition avec un plaisir évident. "C'est essentiel", souligne Cody Keenan. "Si vous montez sur scène simplement pour étriper les autres, ça ne fonctionne pas".

Barack Obama veillera aussi à ne blesser personne. On sait que par le passé, le président américain a enlevé certaines blagues qu’il jugeait trop dures. En 2011, il s’était particulièrement moqué de Donald Trump qui accusait Barack Obama de ne pas être américain.  

Même s'il avait assuré avoir passé une excellente soirée, le candidat républicain à l’investiture a annoncé qu'il ne serait pas présent cette année, car il redoute que la presse, "malhonnête", en fasse un récit erroné.