La Suède, ce pays où les taxes écologistes sont acceptées : "L’environnement, ce n'est pas gratuit"

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À quelques jours des Européennes, Europe 1 voyage à travers le continent. Pour cette deuxième étape, notre grand reporter s'est rendu en Suède, qui fait office de modèle sur le plan écologique en Europe.
REPORTAGE

À l'occasion de la dernière semaine qui précède les élections européennes du 26 mai, Europe 1 voyage à travers le continent, à la rencontre des pays qui le peuplent. Notre grand reporter Sébastien Krebs s'est rendu en Suède pour cette deuxième étape. Les Suédois ont misé sur le développement durable il y a déjà de nombreuses années et les résultats se font sentir aujourd'hui. En 25 ans, la Suède a réduit d’un quart ses émissions de gaz à effet de serre.

La Suède est l'un des premiers de la classe en termes de transition écologique. À Stockholm, le débat de la taxe carbone est réglé depuis bien longtemps. Là-bas, cette taxe qui frappe toutes les énergies fossiles comme le pétrole, tout ce qui émet du CO2, existe depuis 1991. C’est aujourd'hui la plus élevée du monde, le triple du niveau français et elle n'a jamais été contestée.

Tous les Suédois à qui notre grand reporter a eu l'occasion de parler l'approuvent. "L’environnement, ce n'est pas gratuit ! On doit payer pour ce qu'on pollue", juge notamment une Suédoise. "Personne n’aime payer des taxes, mais il faut bien faire quelque chose. Et les gens s’adaptent de plus en plus. On ne peut plus continuer", lâche un autre, alors qu'une dernière estime que cette taxe "devrait être mondiale" car "c'est un problème mondial".

Le secret suédois est d'avoir commencé tôt, à un niveau très bas. La taxe a augmenté progressivement, pendant que d'autres impôts sur le travail et le capital baissaient. Introduite à 24 euros par tonne de CO2 en 1991, elle est aujourd'hui d'environ 120 euros la tonne. L’an dernier, elle a rapporté plus de deux milliards d’euros. En France, c’est neuf milliards, mais avec une population six fois plus nombreuse. Elle est actuellement de 44 euros par tonne et devait passer à 55 euros en 2019 mais a été annulée suite au mouvement des "gilets jaunes".

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Le chauffage au fioul a quasiment disparu

Et la taxe se ressent dans le portefeuille, au quotidien. À la pompe à essence par exemple, le diesel notamment, coûte autant que l’essence et s’approche de 1,60 euros le litre. À la maison, le chauffage au fioul a quasiment disparu, rendu beaucoup trop cher. Chez Marie-Louise, une Suédoise mariée à un Français, cela fait déjà 15 ans qu'une pompe à chaleur a été installée. "Un tuyau dans la terre va chercher la chaleur dans le sol. Il n'y a rien à faire, pas d'autre dépense que l'électricité pour les lampes", décrit-elle. L'investissement de départ est amorti en seulement sept ans car il évite de payer la taxe. Et le résultat, c'est qu'à Stockholm, 85% du chauffage des logements provient désormais d’énergies renouvelables.

En cuisine, sous l'évier, il faut un peu d'habitude pour s'y retrouver dans les bacs à poubelle : "Un pour le plastique, un pour le carton, un autre pour la nourriture... Quatre bacs, plus le verre, le métal, etc." Le tri est poussé au maximum. Là aussi, il y a une incitation financière. Tout ce qui reste, tout ce qui n'est pas trié, est facturé. Le ramassage est payé en fonction du poids.

dechets

© Sébastien Krebs / Europe 1

Tous ces déchets ont une deuxième vie. Les épluchures de légumes par exemple, tous les déchets organiques, finissent dans le réservoir des bus de la ville. Pas directement puisqu'ils sont d'abord transformés en biogaz, dans d'immenses méthaniseurs. "Un camion arrive avec cinq tonnes, ça fait l'équivalent de 500 litres de carburant, ce que consomment deux bus", explique Jean-Bernard Collin, le directeur technique chez Scandinavian Biogaz. Simplement avec les poubelles de Stockholm, huit millions de litres de carburant sont produits chaque année. Du biogaz est aussi fabriqué à partir des eaux usées et depuis deux ans, plus aucun bus de la région ne roule au diesel. Au total, 900 bus et 15.000 voitures roulent au biogaz, qui n'est pas touché par la taxe carbone.

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© Sébastien Krebs / Europe 1

En 25 ans, la Suède a réduit d’un quart ses émissions de gaz à effet de serre

Les résultats sont assez nets. En 25 ans, la Suède a réduit d’un quart (26%) ses émissions de gaz à effet de serre sans pénaliser la croissance. Le PIB a augmenté de 78% sur cette même période. Stockholm a même divisé ses émissions par deux. Le trafic routier a par ailleurs baissé de 20% dans la capitale depuis qu'un péage urbain fixé à environ trois euros par passage a été approuvé par référendum il y a plus de 10 ans pour arriver à un résultat de 70% de particules fines en moins.

Et la ville ne compte pas s'arrêter là, comme l'assure Gustav Landhal, le chef du département environnement : "Notre plus gros défi, c'est les transports. Et on étudie la possibilité d'interdire tous les moteurs à énergie fossile en 2030. On a un plan très détaillé avec des objectifs précis à réaliser chaque année. Ce ne sont pas des paroles en l'air." Il faut des carottes et des bâtons pour aller loin, assume la mairie. L’objectif est d'arriver à zéro carbone en 2040. Le pays entier s'est fixé la même ambition pour 2045.

Le dernier combat en date des Suédois, c'est contre l'avion, devenu de plus en plus impopulaire en Suède. Là aussi, le pays a choisi de taxer les billets d'avion. La taxe s'élève à 6 euros pour les vols intérieurs et européens, 25 euros pour les vols hors UE et 40 euros pour les vols au-delà de 6.000 kilomètres. Plus de la moitié de la population (53%) est pour cette taxe. Les écologiste qui sont au gouvernement font campagne pour les élections européennes en proposant de la généraliser à toute l'Union, pour développer un réseau beaucoup plus ambitieux et efficace de trains, notamment de nuit, pour traverser l'Europe. La Suède va y investir cinq millions d'euros, au moment où en France, on a plutôt tendance à les supprimer.