Italie : Sergio Mattarella, le président qui a barré la route aux populistes

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Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a fait capoter le gouvernement des partis "antisystème" de son pays.
Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a fait capoter le gouvernement des partis "antisystème" de son pays. © Vincenzo PINTO / AFP
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Le président de la République italienne est d'ordinaire un personnage très discret. Voici Sergio Mattarella sous le feu des projecteurs, après son refus du gouvernement proposé par les partis eurosceptiques.

Il est élu depuis 2015 mais, depuis cette date, il a rarement eu l'occasion de faire l'actualité hors d'Italie. Sergio Mattarella, président de la République italienne, était jusqu'ici aussi discret que l'exige sa fonction, plus honorifique qu'autre chose dans le système politique transalpin. Mais en refusant catégoriquement de faire entrer un ministre eurosceptique à l'Économie, l'homme de 76 ans se retrouve au cœur d'une crise institutionnelle.

Veto. Sergio Mattarella a en effet usé de l'une des rares prérogatives du président de la République pour bloquer l'arrivée de Paolo Savona, ancien professeur d'économie de 81 ans ouvertement eurosceptique. Un veto qui a entraîné le retrait de Giuseppe Conte, ex-futur chef du gouvernement, choisi par les deux partis "antisystème" de la Ligue et du mouvement 5 étoiles (M5S). Et ce, alors que cette alliance avait pourtant émergé des élections législatives, en mars dernier.

Prérogatives présidentielles. Pour ce faire, Sergio Mattarella s'est appuyé sur deux choses. D'une part, le fait que la Constitution italienne lui permette de le faire, puisqu'elle prévoit dans son article 92 que le président de la République "nomme le président du conseil [chef du gouvernement, NDLR] et, sur proposition de celui-ci, les ministres". D'autre part, le fait qu'il soit considéré comme le garant des traités internationaux et, partant, des traités européens. C'est précisément ce que Sergio Mattarella a invoqué dimanche soir pour justifier sa décision. "Dans mon rôle de garant, je ne pouvais pas accepter un choix qui aurait pu conduire à la sortie de l'Italie de l'euro et provoquer les inquiétudes des investisseurs italiens et étrangers", a déclaré le président.

L'homme de la stabilité. D'ordinaire cantonné aux inaugurations et aux discours, à un rôle de pure représentation à l'écart du jeu politique, le président de la République a donc usé du peu de pouvoir dont il dispose pour faire entendre sa voix. Son inflexibilité –et celle des partis de coalition, qui ont refusé de remplacer le nom controversé de Paolo Savona- a plongé l'Italie dans une crise institutionnelle. Ironie du sort, la carrière politique de Sergio Mattarella a surtout été marquée par une loi électorale qui porte son nom et qui a permis, entre 1993 et 2005, d'apporter plus de stabilité au régime italien.

"Courage" et "responsabilité". L'homme lui-même fait d'ailleurs figure de pilier inébranlable. Démocrate-chrétien, il a survécu à tout : la chute de la démocratie chrétienne italienne dans les années 1990 et les victoires de Silvio Berlusconi, dont il est un farouche adversaire. À 76 ans, ce fils de ministre, qui a choisi la politique après l'assassinat de son frère par la mafia sicilienne en 1980, vient de secouer le régime parlementaire italien. Cela lui a d'ailleurs valu des félicitations de la part d'Emmanuel Macron, qui a salué son "courage" et son "grand esprit de responsabilité". Sergio Mattarella a d'ores et déjà demandé à l'ancien responsable du FMI Carlo Cottarelli de former un nouveau gouvernement pour, à tout le moins, gérer les affaires courantes en attendant de nouvelles élections.