Europe : à neuf mois des européennes, un duel Macron-Orban se dessine

Viktor Orban, Emmanuel Macron, AFP 1280
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Isabelle Ory, édité par Grégoire Duhourcau , modifié à
Pris pour cible par une ligne européenne nationaliste, dont Viktor Orban fait figure de leader, Emmanuel Macron s'est dressé en principal opposant, mercredi.

Deux camps commencent à se dessiner en Europe, alors que les élections européennes se tiennent dans neuf mois. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, et Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien, qui se sont rencontrés mardi à Milan, prônent une ligne nationaliste en Europe. À l'inverse, Emmanuel Macron, lui, rêve depuis des mois de refaire en Europe ce qu'il a fait en France. C'est-à-dire prendre le pouvoir en cassant les partis politiques européens, la gauche, la droite pour fédérer autour de lui tous ceux qu'il appelle les progressistes. C'est sa stratégie pour les élections européennes : il souhaite créer une sorte de mouvement "l'Europe en marche" autour de lui.

Macron et Orban, leaders des deux camps. De fait, Emmanuel Macron se présente comme le principal ennemi du front nationaliste européen, dont Viktor Orban se pose comme leader. Résultat, le ton est monté ces dernières heures entre les deux hommes, mais c'est sûrement ce qu'ils souhaitent, cela relève presque d'une stratégie. Ils s'en frottent les mains parce que ça les arrange politiquement tous les deux. Ils espèrent chacun apparaître comme le chef d'un camp et veulent cet affrontement binaire.

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Pour Viktor Orban, Premier ministre de la Hongrie, pays de moins de 10 millions d'habitants, cela lui donne une très belle stature dans l'Union européenne et fait de lui le chef de file de tous les adversaires de l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national (RN), a d'ailleurs qualifié la rencontre entre Orban et Salvini de "fondatrice". "Le choix des européennes 2019 sera bien celui entre l'UE de Macron, en marche vers le fédéralisme et l'immigration de masse, et l'Europe des Nations libres, des identités et des protections que nous représentons !", a écrit la présidente du RN sur Twitter.

Le fait qu'Orban et Salvini identifient Macron comme leur adversaire principal, lui plutôt que Merkel, ça apporte du poids à la stratégie du président de la République. Macron contre Orban, cela rappelle d'ailleurs Macron contre Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle. Et cela lui avait plutôt bien réussi…

Mais une grande partie de l'Europe est plutôt gênée par cet affrontement binaire, qui ne laisse pas d'espace aux nuances. En Scandinavie, région que visite actuellement Emmanuel Macron, les Danois et les Finlandais notamment, sont pour l'Europe, mais pas pour une Europe trop fédérale à leurs yeux, celle que défend Macron. Par exemple, ils ne sont pas d'accord avec sa vision de la réforme de la zone euro et ils n'ont pas du tout envie d'être entraînés dans sa croisade.

Les partis politiques européens ne voient pas non plus ce duel d'un bon œil. Ils n'ont pas envie de disparaître, ils ne veulent pas d'une campagne européenne autour de ce match Macron-Orban. Ils veulent débattre d'une Europe de gauche, de droite, d'une Europe écologiste donc, jusqu'ici, ils freinent des quatre fers et résistent aux sirènes de Macron. Et plus particulièrement la droite, les conservateurs européens, parce qu'aujourd'hui, avec la CDU d'Angela Merkel, ils disposent du plus gros groupe parlementaire à Bruxelles. Ils ont beaucoup de pouvoir qu'ils ne veulent pas lâcher. Et cette scénarisation qui se dessine autour d'Orban et de Macron les gêne un peu…