Espionnage de journalistes et d'opposants : l'affaire Pegasus suscite l'indignation

L'affaire Pegasus suscite l'indignation dans le monde entier.
L'affaire Pegasus suscite l'indignation dans le monde entier. © Pixabay
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avec AFP
Les révélations liées à l'affaire Pegasus, du nom du logiciel israélien qui a servi à espionner des militants et des journalistes, suscite l'indignation dans le monde entier. Des organisations de défense des droits humains, des médias et des gouvernements ont vivement condamné ces pratiques. 

Des organisations de défense des droits humains, des médias, l'Union européenne et des gouvernements s'indignaient lundi des révélations sur l'espionnage à l'échelle mondiale de militants et de journalistes au moyen du logiciel Pegasus, conçu par l'entreprise israélienne NSO Group. Introduit dans un smartphone, ce logiciel permet d'en récupérer les messages, photos, contacts et même d'écouter les appels de son propriétaire.

L'enquête qui renforce les soupçons pesant de longue date sur cette société, publiée dimanche par un consortium de 17 médias internationaux, se fonde sur une liste obtenue par le réseau basé en France Forbidden Stories ("histoires interdites") et l'ONG Amnesty International, comptant selon eux 50.000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle.

"Une attaque majeure contre le journalisme critique" 

La liste comprend les numéros d'au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprise, d'après l'analyse du consortium - comprenant les quotidiens français Le Monde, britannique The Guardian et américain The Washington Post - qui en a localisé beaucoup au Maroc, en Arabie saoudite ou au Mexique. "Nous ne parlons pas ici juste de quelques Etats voyous, mais d'une utilisation massive d'un logiciel espion par au moins une vingtaine de pays", a expliqué lundi la secrétaire générale d'Amnesty, Agnès Callamard, à la BBC radio. "Il s'agit d'une attaque majeure contre le journalisme critique", a-t-elle souligné.

Mis en cause, le Maroc et la Hongrie ont catégoriquement démenti lundi le recours au logiciel Pegasus. Le gouvernement marocain a dénoncé comme "mensongères" les informations selon lesquelles les services du royaume "ont infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d'organisations internationales à travers un logiciel informatique". Et le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a assuré que "Le logiciel n'est pas utilisé" par les services de renseignements de son pays.

Pour von der Leyen, une affaire "complètement inacceptable" si elle est avérée 

Cette affaire "doit être vérifiée", a réagi pour sa part la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mais si elle est avérée, "c'est complètement inacceptable". "La liberté de la presse est une valeur centrale de l'Union européenne", a-t-elle affirmé. Fondée en 2011, NSO, régulièrement accusé de faire le jeu de régimes autoritaires depuis l'alerte lancée en 2016 par un dissident émirati, Ahmed Mansoor, assure que son logiciel sert uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes.

Sur la liste décortiquée par le consortium de médias figure notamment le numéro du journaliste mexicain Cecilio Pineda Birto, abattu quelques semaines après son inscription sur ce document. Des correspondants étrangers de plusieurs grands médias, dont le Wall Street Journal, CNN, France 24, El Pais, ou l'AFP en font aussi partie. D'autres noms de personnalités apparaissant sur la liste - qui comprend notamment un chef d'Etat et deux chefs de gouvernement européens - seront divulgués dans les prochains jours.