Au camp d'Al-Hol, dans le nord de la Syrie, les évasions de femmes djihadistes se multiplient

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Le camp d’Al-Hol, dans le nord de la Syrie, accueille de nombreuses familles de combattants de l’État islamique. En deux mois, près de 700 femmes djihadistes ont tenté de s’en évader, pour rejoindre les passeurs installés autour du camp.
REPORTAGE

Après le début de l'offensive turque dans le nord de la Syrie début octobre, les autorités kurdes sont confrontées à un nouveau problème : les évasions du camp d'Al-Hol. Ce camp de près de 70.000 personnes, qui dépasse de loin la taille du village où il est construit, accueille majoritairement les familles des combattants de l'État islamique. Dans ce "petit califat" reconstitué dans le désert, les évasions se multiplient depuis deux mois, de nombreux djihadistes tentant de rejoindre les lignes de miliciens pro-turcs entrés en Syrie.

Une centaine de femmes djihadistes se sont enfuies

La clôture grillagée qui entoure l’immense camp d’Al-Hol sur des kilomètres n’est pas un obstacle bien difficile à franchir. En à peine deux mois, 700 femmes djihadistes ont tenté de s’en évader, le plus souvent des Syriennes et des Irakiennes. Une centaine y est parvenu, les autres ont été arrêtées dans ce bout de désert rocailleux où les cellules de l’État islamique sont actives. Un membre de l’administration du camp le reconnait : avec l’hiver qui approche, les surveillants sont dépassés.

"Nous vivons dans l’inquiétude ici au camp. Les passeurs rôdent en permanence. Les familles de l’État islamique exploitent les éléments, comme la pluie, le brouillard. Lorsqu’elles s’échappent, elles vont près du camp, les passeurs les attendent à deux ou trois kilomètres", raconte-t-il. "L’intervention turque a créé le chaos ici et les check-points ne peuvent pas contrôler tout le monde, demander à chaque fois les papiers dans ces périodes de chaos. C’est vraiment facile pour les passeurs de faire sortir ces familles, surtout lorsqu’elles ont des dollars."

Les numéros des passeurs s’échangent sur les portables

Dans les allées du camp, les fils des écouteurs sortent des niqabs noirs, les portables sont dans toutes les mains pour s’échanger les numéros des passeurs. Cette Irakienne connait ainsi la grille tarifaire par cœur, ses voisins ayant fait le voyage.

"C’était un groupe de 8, ils ont retrouvé le passeur au niveau des barrières. Certains d’entre eux sont allés en Irak, d’autres en Syrie. Si c’est pour la Syrie, c’est 1.500 dollars. Si vous voulez aller en Irak, à Erbil ou bien en Turquie, par contre c’est 2.500 dollars. Énormément de gens font ça. Les personnes que je connais sont arrivées à Erbil, ils sont bien, tranquilles, dans une maison", relate-t-elle. Une femme, index levé, interrompt la conversation : "L’État islamique restera et nous ferons du camp d’Al-Hol l’un de ses gouvernorats".

"On veut que l’État islamique revienne"

Dans le camp, difficile de terminer une interview sans qu’une djihadiste ne vienne proclamer le slogan de l’État islamique. Pour ces femmes, partir du camp est aussi partir en mission : toutes veulent mener la bataille idéologique dans la région. "Je veux aller avec ma famille en Turquie. La Turquie c’est mon rêve, pour faire en sorte que l’État islamique revienne. Si ce n’est pas possible, j’irai en Irak. On veut que l’État islamique revienne, avec l'aide de Dieu, parce qu’il nous a rendu fiers."

La semaine dernière, des ressortissantes russes, ouzbeks et syriennes en fuite ont été arrêtées dans un village. Leur destination : la frontière turque, à deux heures de route. Sur les téléphones confisqués, des messages audio entre passeurs et djihadistes. "Si Dieu le veut", dit cette femme, "je partirai demain".