Dans une Roumanie divisée, un vote pour bannir le mariage gay

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Une affiche en faveur du "oui" au référendum visant à inscrire l'interdiction du mariage dans la Constitution roumaine.
Une affiche en faveur du "oui" au référendum visant à inscrire l'interdiction du mariage dans la Constitution roumaine. © Daniel MIHAILESCU / AFP
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Les Roumains sont appelés aux urnes samedi et dimanche pour un référendum visant à graver l'interdiction du mariage gay dans la Constitution.

Un long week-end de vote s'ouvre samedi pour les Roumains, appelés à graver dans la Constitution l'interdiction du mariage gay lors d'un référendum. Les 19 millions d'électeurs du pays ont jusqu'à dimanche soir pour approuver un changement de la définition du mariage afin que seuls "un homme et une femme" puissent s'unir et non plus des "époux", comme le stipule actuellement la loi fondamentale. 

Le grand enjeu : la participation. La majorité sociale-démocrate (PSD) a décidé de laisser les bureaux de vote ouverts deux jours, espérant faire le plein de votants dans cette consultation dont la principale inconnue est la participation : le seuil de 30% des inscrits doit être atteint pour valider le référendum. Les opposants au vote, eux, font le pari du boycott. Par conséquent, la victoire du "oui" est assurée, avec un score qui pourrait atteindre 90% des suffrages, selon un sondage de l'Institut CURS publié vendredi. Mais une faible participation serait vue comme un revers pour les sociaux-démocrates, qui se sont affichés durant la campagne aux côtés de hauts prélats orthodoxes. Le référendum émane d'une "initiative citoyenne", proche de l'Eglise, qui a présenté trois millions de signatures à cet effet.

Un référendum pour redorer le blason de la gauche au pouvoir. "Mon éducation orthodoxe, mon éducation traditionnelle me font dire 'oui', c'est comme ça que je vois la continuité de ce peuple", a récemment déclaré le patron du PSD, Liviu Dragnea. Après une campagne qui a exalté les valeurs de la famille, et laissé cours aux discours homophobes, le PSD compte mobiliser la Roumanie rurale et conservatrice, le cœur de son électorat. Revenu au pouvoir fin 2016, le parti traverse un trou d'air. Il est notamment accusé de vouloir affaiblir la lutte contre la corruption et contrôler la justice qui a épinglé nombre de ses élus. Les résultats du référendum sont d'ailleurs attendus lundi et le même jour, Liviu Dragnea doit comparaître en justice pour son procès en appel dans une affaire d'emplois fictifs qui lui a valu trois ans et demi de prison ferme en première instance. Une victoire du "oui" au référendum serait donc un bon moyen, pour le PSD, de faire oublier ses déboires politiques et judiciaires.

" Je ne veux pas que les valeurs de la famille soient transformées en arguments pour nourrir les démons les plus noirs, la haine contre les minorités sexuelles. "

Le mariage gay déjà interdit. D'un point de vue légal, rien ne changera à l'issue du référendum, la législation roumaine n'autorisant ni le mariage entre personnes de même sexe ni le partenariat civil. Mais une interdiction explicite rendrait toutefois plus difficile, voire impossible, tout changement futur de la loi en faveur des couples homosexuels. 

Vives critiques. Cette consultation a suscité de vives critiques au sein des institutions européennes, qui ont rappelé Bucarest à ses engagements en matière de droits de l'Homme. "Je ne veux pas que les valeurs de la famille soient transformées en arguments pour nourrir les démons les plus noirs, la haine contre les minorités sexuelles", a lancé le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. Selon le sociologue Marius Pieleanu de l'Institut Avangarde, de telles mises en garde de l'étranger risquent toutefois d'avoir l'effet inverse, alors que les discours souverainistes et méfiants envers l'Europe gagnent du terrain en Roumanie. "Une partie des indécis pourraient justement se mobiliser en raison de cette attitude qu'ils perçoivent comme hostile envers la Roumanie", a-t-il déclaré à l'AFP. 

Des ONG inquiètes. "Dans une démocratie, les droits des minorités ne sont pas soumis au vote, c'est en cela que réside la différence entre le Moyen-Age et le XXIe siècle", s'est inquiétée l'ONG roumaine de défense des droits, "Centre de ressources juridiques" (CRJ). A l'instar d'autres adversaires de ce référendum, le poète et ancien président de l'Union des Magyars de Roumanie, Bela Marko, redoute qu'il n'ouvre la porte à de nouvelles consultations "sur l'avortement, puis sur la religion d'Etat, le peine de mort, les Roms".