Addiction aux opiacés : ouverture d'un procès historique contre un laboratoire pharmaceutique

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Un procès s'ouvre aux États-Unis contre le laboratoire Johnson & Johnson accusé d'avoir incité à prescrire des opiacés.
Un procès s'ouvre aux États-Unis contre le laboratoire Johnson & Johnson accusé d'avoir incité à prescrire des opiacés. © CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Un procès qualifié d'historique s'est ouvert dans l'Oklahoma, aux États-Unis, contre le laboratoire Johnson & Johnson. L'industriel pharmaceutique est accusé d'avoir incité les médecins à prescrire des opiacés, médicaments qui font ont provoqué de nombreuses overdoses ces dernières années.

L'industrie pharmaceutique est-elle responsable de l'explosion d'overdoses qui ravage les États-Unis pour avoir encouragé la prescription de médicaments opiacés ? Arguments et contre-arguments ont été échangés devant un juge de l'Oklahoma mardi, à l'ouverture d'un procès qualifié d'historique contre le laboratoire Johnson & Johnson.

 

J&J, seul laboratoire à ne pas avoir passé d'accord

Des trois laboratoires accusés au départ dans cet État du Midwest, Johnson & Johnson, plus connu pour son talc pour bébé que pour les médicaments anti-douleur de sa filiale Janssen, est le seul à ne pas avoir passé un accord négocié avec le procureur général de l'Oklahoma pour éviter un procès.

Le laboratoire Purdue Pharma, devenu l'ennemi numéro 1 dans la crise des opiacés pour avoir fabriqué le médicament vedette Oxycontin, avait passé un accord à l'amiable en mars avec l'Oklahoma en acceptant de payer 270 millions de dollars (soit 241 millions d'euros). Le laboratoire israélien Teva lui a emboîté le pas ce week-end, et a accepté de débourser 85 millions de dollars (soit 76 millions d'euros). Ne reste donc plus que Johnson & Johnson, basé dans le New Jersey. 

Un procès qui pourrait faire date

Volontiers comparé aux actions en justice contre les fabricants de tabac qui se sont soldées par un accord de plus de 200 milliards de dollars (soit 179 milliards d'euros) en 1998, le procès a valeur de test pour les autres plaintes déposées contre les fabricants de médicaments opiacés : plus de 1.500 ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de l'Ohio, et des centaines au niveau des États, dont New York et le Massachusetts.

 

Le procureur général de l'Oklahoma, Mike Hunter, présent à ce procès retransmis en direct sur certains sites, a accusé dans sa plaidoirie d'ouverture le laboratoire d'avoir agi par "appât du gain", présentant de façon "cynique et trompeuse" les opiacés comme un "médicament magique" contre la douleur.

J&J accusé d'avoir "créer une demande" pour ces opiacés

Il a reproché à Johnson & Johnson d'avoir, à partir de 1996-97, minimisé les risques de dépendance à leurs médicaments, le patch Duragesic et les pilules Nucynta, et d'avoir poussé à "créer une demande" pour ce type d'antalgiques longtemps réservés aux personnes souffrant d'un cancer, afin de rester dans la course face à son concurrent Purdue Pharma et son Oxycontin.

L'Oklahoma, qui a enregistré quelque 4.600 morts par overdoses entre 2007 et 2017, réclame des milliards de dollars de dédommagement - un avocat a évoqué mardi la somme de 13 milliards de dollars, soit 11 milliards d'euros, sur 20 ans - pour compenser les dépenses publiques nécessaires pour combattre cette crise, "la pire crise de santé publique jamais causée par l'homme" dans cet État, selon Mike Hunter.

 

Mais l'avocat des laboratoires, Larry Ottaway, a rétorqué que si Johnson & Johnson affirmait dans les années 1990 que les opiacés étaient "rarement addictifs", c'est parce que la Federal Drug Administration (FDA), l'agence fédérale des médicaments, le disait elle aussi. Aujourd'hui encore, alors que la crise des opiacés a été érigée fin 2017 en urgence sanitaire nationale, l'agence américaine reconnaît l'utilité des médicaments opiacés, soulignant le besoin de "trouver un équilibre entre les risques de dépendance et la réalité des douleurs chroniques", qui peuvent mener "à la dépression et au suicide", a souligné Larry Ottaway.