Comment une épidémie d'overdoses ravage les États-Unis

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Comme cette femme de Philadelphie, de plus en plus d'Américains sont dépendants de l'héroïne. 2:57
Comme cette femme de Philadelphie, de plus en plus d'Américains sont dépendants de l'héroïne. © SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Avec un décès lié à une overdose toutes les 8 minutes en 2016, la société américaine est mise au défi d'une consommation de drogues de plus en plus mortelle.
L'ENQUÊTE DU 8H

"En 2016, nous avons perdu 64.000 Américains à cause d’une overdose de drogue : 174 morts par jour, 7 par heure". Ces chiffres catastrophiques, c’est Donald Trump lui-même qui les a donnés, mardi, lors de son discours sur l'état de l'Union, devant le Congrès. Aux États-Unis, pays où l'on trouve le plus de consommateurs d'opiacés (l'héroïnes et ses dérivés), la drogue tue davantage que les armes à feu ou la route.

Des overdoses dans les fast-food ou les églises. Dans le Kentucky, l'un des épicentres de la crise actuelle, même le procureur général de l'État Andy Beshear s'est retrouvé face à une overdose, en pleine journée. La voiture devant lui n’avançait plus. "Ce conducteur venait de faire une overdose au carfentanyl, une héroïne de synthèse. Je l’ai attrapé par un bras, un de mes officiers a pris l’autre et on l’a sorti de sa voiture. Et il est là, allongé dans la rue, à 3 heures de l’après midi ! En centre-ville ! Il devient bleu, puis violet, et la prochaine couleur c’est la mort ! Mais nous avons réussi à le réanimer", a-t-il raconté.

Je devais aller chercher les seringues sous le lit pour que ma petite sœur ne se pique pas

Pour "ressusciter" cet homme, les secours ont utilisé un produit miracle, le Narcan, qui inverse l’effet de l’overdose. Aujourd'hui, dans le Kentucky, tout le monde en a : secouristes, policiers et même de simples citoyens. Il est distribué gratuitement, tellement d’overdoses se produisent dans des lieux publics : fast-food, églises, et même sur des parkings d'hôpitaux.

Les offres d'emplois délaissées, des enfants sans parent… Les conséquences sur la société américaine sont dramatiques. Dans le Kentucky, si une annonce d’emploi demande un test toxicologique, il n’y a pas assez de candidats. Des milliers d’enfants se retrouvent aussi sans parent, placés dans des familles d’accueil. Lisa Lacy en a recueilli huit, dont Andria, une enfant de 10 ans, mais qui en parait le double quand elle raconte sa vie avec sa mère droguée, et sa petite sœur qu’il fallait protéger. "Quand elle pleurait pour un biberon, ma maman, défoncée, ne se levait pas pour s’en occuper. Je devais aussi aller chercher les seringues  sous le lit, et les jeter, pour que ma petite sœur ne se pique pas", raconte Andria.

Entendu sur europe1 :
Au début, c’était 30 pilules pour un mois, et puis 60, puis 120 pour un mois. Mon médecin me refaisait une ordonnance sans problème

Cette épidémie trouve sa source au début des années 2000, lorsque les médecins se sont mis à prescrire des médicaments aux opiacés à la moindre douleur. Dennie Hertel en est le parfait exemple : un homme sans histoire, marié, 3 enfants, un emploi. Et un hobby : le bodybuilding. Lorsqu'un jour il se fait mal, il consulte son médecin qui lui prescrit un anti-douleur à base d'opiacé. La descente aux enfers ne tarde pas : "Instantanément, en un mois, je suis devenu dépendant. Au début, c’était 30 pilules pour un mois, et puis 60, puis 120 pour un mois. À chaque fois que j'allais chez mon médecin, il me refaisait une ordonnance sans problème. Soudain, il m’a dit que les lois avaient changé, qu'il ne pouvait plus faire ça", raconte-t-il. Alors Dennie s'est mis à acheter des pilules, puis de l’héroïne dans la rue. Il s'est ruiné, a perdu sa maison et la garde de ses enfants.

Baisse de l'espérance de vie. Avec ces prescriptions, les médecins et surtout les laboratoires pharmaceutiques ont amassé des fortunes : 35 milliards de dollars de bénéfices, rien que pour une seule marque de médicament. Ce qui ne les a pas empêchés de mentir sur les risques de dépendance. Le Kentucky, comme d’autres Etats, a décidé d'attaquer ces laboratoires en justice. En attendant, la drogue a fait baisser l'espérance de vie des Américains en 2016, pour la première fois depuis les années 1960.

Europe 1
Par Xavier Yvon, aux États-Unis, avec T.LM.