Le meurtre qui a chamboulé le Venezuela

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avec AFP
VIOLENCE - L’assassinat d’une ex-Miss Venezuela a provoqué une onde de choc dans le tout le pays, gangréné par la criminalité.

L’INFO. Monica Spear Mootz, 29 ans, avait été élue en 2004 plus belle femme du Venezuela. Avec son ex-compagnon, elle a été assassinée début janvier au bord d’une autoroute dans le nord du pays, sous les yeux de leur fille de cinq ans. Ce crime a bouleversé les Vénézuéliens, qui subissent depuis des années le fléau de la violence.

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Un symbole assassinée. Dans la nuit du 7 au 8 janvier, les corps sans vie de Monica Spear Mootz et de son ex-mari, Thomas Hendy Berry, un homme d’affaires britannique de 39 ans, sont découvert dans leur véhicule au bord d’une autoroute, dans le nord du Venezuela. Le couple, tombé dans une embuscade tendue pour les dépouiller, a été "massacré froidement " devant leur fille, blessée à la jambe. "Le Venezuela est une nation obsédée par la beauté et, comme le crime, le concours Miss Venezuela transcende les strates de la société", note Time pour expliquer l’électrochoc qu’a représenté ce drame dans le pays. Des manifestations ont été organisées en réaction mercredi dernier. Dans un cortège, une journaliste du Guardian a repéré une pancarte qui résume le sentiment général : "nous sommes tous Monica".

24.000 meurtres en 2013. Ce double meurtre a relancé le débat sur la violence qui mine le pays. En 1998, on recensait 4.550 meurtres au Venezuela. En 2013, le chiffre a été multiplié par cinq, pour atteinte 24.000, selon l’Observatoire vénézuélien de la violence, une ONG locale. A titre de comparaison, l’Irak, dont la population s’élève aussi à quelque 30 millions d’habitants, n’en dénombre "que" 10.000. Il y aurait entre 3 et 18 millions d’armes en circulation dans le pays, selon les sources, alors que seulement quelques dizaines de milliers de permis ont été accordés officiellement.

Plus pernicieux encore, la corruption est grande au sein de la police. Le taux d’homicides est évalué à 79 pour 100.000, mais le gouvernement de Nicolas Maduro n’en reconnaît pas la moitié. Car les chiffres font régulièrement l’objet de polémiques entre le gouvernement et les ONG et les autorités sont critiquées pour leur incapacité à endiguer la violence et à punir les criminels. Pour les opposants au gouvernement, la situation actuelle est un héritage du chavisme, plus préoccupé par la réduction des inégalités que par la lutte contre la criminalité.

Une poignée de mains très politique. L’enquête sur le double meurtre a quant à elle progressé, avec au total dix arrestations de suspects issus du gang "Les sanguinaires d’El Cambur", selon El Universal. Au-delà, face à l’émotion suscitée par la mort de la reine de beauté, le gouvernement a annoncé un nouveau plan de lutte contre la criminalité, le 21ème en… 15 ans. "Quiconque viendra pour tuer sera reçu par une main de fer", a prévenu le président Nicolas Maduro, qui a succédé à Hugo Chavez en 2013. Le choc est tel que même Henrique Capriles, le patron de l’opposition et farouche ennemi de Nicolas Maduro, a enterré la hache de guerre le temps d’une réunion.

"Nicolas, je te propose de mettre de côté nos profondes divergences, de nous unir contre l'insécurité et de faire bloc".

Les deux hommes ont échangé une poignée de main, la première depuis avril 2013, et discuté ensemble, avec des maires et des gouverneurs de tout le pays.

maduro capriles, REUTERS

Et pour montrer que le gouvernement est prêt à tout pour endiguer la violence, le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez, est allé jusqu’à diffuser son numéro de portable dans les rangs de la police pour que les officiers subalternes puissent dénoncer leurs supérieurs corrompus.