Au procès de Farida, l'épuisement d'une infirmière qui "ne voulait pas" blesser les policiers

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Les soignants avaient manifesté leur colère en juin 2020. 1:34
Les soignants avaient manifesté leur colère en juin 2020. © Alain JOCARD / AFP
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Le procès de Farida C., une infirmière interpellée en marge d’une manifestation des soignants en juin 2020, s’est ouvert lundi à Paris. L’infirmière est soupçonnée de violences et d’outrage à l’égard des forces de l’ordre. Deux mois de prison avec sursis ont été requis. La décision sera connue le 3 mai.

Deux mois de prison avec sursis ont été requis lundi à l'encontre de Farida C., une infirmière de 51 ans, jugée pour avoir jeté de morceaux de bitume contre les forces de l'ordre le 16 juin dernier à Paris, en marge d'une manifestation de soutien à des soignants éprouvés par la crise sanitaire. Lundi après-midi, la procureure a requis deux mois de prison avec sursis contre l’infirmière. A la barre, Farida C. a témoigné de sa frustration et sa colère lors de cette journée de mobilisation, en pleine crise du Covid-19.

"Mes mains ne blessent pas, elles soignent"

"Je travaille en gériatrie et on a perdu", a-t-elle dit d’abord avant de se reprendre : "j’ai perdu la moitié de mes patients", 20 au total. Selon l’infirmière, qui travaille à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif dans le Val-de-Marne, le jet d’un pavé en direction des policiers est un geste symbolique contre l’Etat sans intention de faire mal. "Mes mains ne blessent pas, elles soignent", a-t-elle poursuivi.

L’infirmière de 51 ans admet avoir adressé des doigts d’honneur aux force de l’ordre, mais elle ne reconnaît pas les insultes "putes de Macron" ou "flics de merde" que les policiers lui prêtent. La procureure a d’ailleurs demandé sa relaxe pour ces injures et pour la rébellion alléguée lors de son interpellation.

Le tribunal a décomposé cette scène à travers cinq vidéos, qui avaient à l’époque été diffusées sur les réseaux sociaux. On y voit l'infirmière en blouse blanche en train de jeter des projectiles en direction des forces de l'ordre, quelques minutes avant d'être arrêtée sans ménagement sur fond d'échauffourées à l'arrivée du cortège sur l’esplanade des Invalides. 

"Pouvez-vous imaginer les conditions de travail des policiers ?"

"Il y a des manières de dénoncer les conditions de travail que vous déplorez et qui sont déplorables", l’a reprise la juge. "Mais ce sont des hommes et des femmes face à vous. Est-ce que vous pouvez imaginer les conditions de travail des policiers ?", a-t-elle continué. "Ce sont des fonctionnaires comme moi", a reconnu l’infirmière qui a regretté son geste et s’est adressée directement au commissaire divisionnaire qui a déposé plainte contre elle. "Je ne voulais pas vous blesser", a-t-elle lancé, avant d’ajouter avec amertume : "nous sommes en train de démonter le service public. La seule violence que je connais, c’est celle de l’hôpital."

De nombreux soutiens de Farida C. avaient fait le déplacement pour ce procès. Au vu de l'affluence, le tribunal a opté à la dernière minute pour une salle d'audience plus grande, permettant d'accueillir tout le monde dans le respect des règles sanitaires. A l'extérieur du palais de justice, quelques dizaines de personnes s'étaient rassemblées en début de matinée à l'appel de la CGT et de Solidaires pour réclamer la "totale relaxe" de l'infirmière. La décision sera connue le 3 mai.  

Europe 1
Par Marion Dubreuil et AFP édité par Léa Leostic