L'affaire Kerviel relancée grâce à l'enregistrement d'une magistrate ?

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avec AFP , modifié à
Jérôme Kerviel est arrivé lundi en début d'après-midi au Palais de justice de Paris pour tenter de faire réviser son procès, au lendemain de révélations sur le degré supposé de responsabilité la Société Générale.

Nouveau rebondissement dans l'affaire Kerviel. Une ancienne vice-procureure du parquet de Paris qui a suivi l'affaire met en cause sa hiérarchie et la Société Générale, dans un enregistrement réalisé à son insu en juin 2015, selon des extraits de retranscriptions diffusés dimanche par Mediapart et 20 Minutes. Des révélations qui arrivent à point nommé pour Jérôme Kerviel: à la veille d'une audience où l'ex-trader demande la révision de son procès. Pour ses prises de risques colossaux à la Société générale, Jérôme Kerviel avait été condamné en première instance, puis en appel, à cinq ans de prison dont trois ferme pour abus de confiance, une peine confirmée par la Cour de cassation en avril 2014. Mais l'ancien trader a toujours refusé de porter le chapeau seul, accusant son employeur d'avoir connu ses agissements et de les avoir couverts.

"Le moment est venu de rendre des comptes". Jérôme Kerviel est arrivé lundi en début d'après-midi au Palais de justice de Paris. L'ex-trader s'est engouffré, flanqué de ses avocats et pressé par les caméras, dans la salle où siège la commission d'instruction de la Cour de révision et de réexamen. "Le moment est venu pour ceux qui ont truqué ce dossier de rendre des comptes", a dit son avocat David Koubbi. Me Jean Veil, qui défend le groupe Société Générale, est arrivé peu après, sans faire de déclaration.

"La Société Générale savait". "Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. (...) La Société générale savait, savait, c'est évident, évident", déclare, selon les deux médias, Chantal de Leiris, ancienne vice-procureure au parquet. La magistrate se confie alors à Nathalie Le Roy, la policière de la Brigade financière qui avait été en charge de l'enquête, et qui a elle-même exprimé ses doutes sur le dossier et l'enregistre à son insu. Nathalie Le Roy a fait part, dès le printemps dernier, de son sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société générale.

Vers un nouveau procès ? L'idée que la Société Générale connaissait les prises de risques colossaux sur les marchés de l'ancien trader et qu'elle les a couvertes est l'un des principaux axes de défense de Jérôme Kerviel, qui demande lundi la révision de son procès. Déclaré coupable en première instance et en appel, Jérôme Kerviel a été condamné définitivement à cinq ans de prison dont trois ferme en avril 2014, mais la Cour de cassation avait alors rejeté la somme de 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts demandée par la Société Générale, soit l'équivalent de sa perte, en reprochant à la banque d'avoir failli dans ses mécanismes de contrôle.

"Ça a été jugé, t'as pas à y revenir". Entre temps, Jérôme Kerviel a porté plainte plusieurs fois contre son ancien employeur, notamment pour faux. Dans les extraits publiés dimanche, Chantal de Leiris revient sur le classement de ces plaintes par le parquet en 2012 et met en cause sa hiérarchie directe. "C'est surtout Michel Maes (chef de la section financière au parquet à l'époque, ndlr). Sans arrêt, il me disait : "tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société générale. Ça a été jugé, t'as pas à y revenir". C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer (les plaintes) (...) Mais c'est vrai ce que vous dites : vous avez été entièrement manipulée par la Société générale", déclare Chantal de Leiris, selon les extraits.

Des propos "parcellaires" pour le parquet de Paris. Depuis, Jérôme Kerviel a de nouveau porté plainte avec constitution de partie civile, entraînant l'ouverture d'une information judiciaire. Le parquet de Paris indique qu'"il est extrêmement délicat de s'exprimer alors qu'il est fait état d'un enregistrement de 41 minutes, que les propos qui sont retranscrits sont forcément parcellaires et qu'on ne connaît pas le contexte dans lequel ils ont été tenus". Le parquet précise que Chantal de Leiris n'est plus vice-procureure au parquet mais "réserviste", c'est-à-dire "magistrat honoraire qui fait des vacations".