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Pour les habitants de l'immeuble sinistré de la rue Erlanger comme pour les spécialistes qui les prennent en charge, l'urgence est désormais à la reconstruction psychologique.
TÉMOIGNAGE

Comment se remettre d'un tel choc ? Au lendemain de l'incendie meurtrier qui a fait dix morts dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris, les rescapés peinent à réaliser ce qu'ils ont vécu. 

"J'ai vu un homme sauter, il n'avait aucune chance, une femme crier, brûler vive. Le feu est monté jusqu'au toit, cela prenait hyper vite. J'étais dans un barbecue", se souvient Adam, au micro d'Europe 1. "Je ne voyais pas le bout, j'ai vu venir mon heure. Mais Dieu merci... Je remercie les forces de l'ordre et les pompiers", poursuit-il.

"Il y a un sentiment de sidération psychique". Pour les habitants de l'immeuble sinistré de la rue Erlanger, l'urgence est désormais à la reconstruction psychologique. "Ceux qui ont survécu sont dans un état de stress aiguë. Ils restent comme ça, avec l'idée qu'ils ne sont pas en sécurité. Souvent, après, ils refusent d'habiter en appartement, mais veulent habiter en maison. Il y a aussi un sentiment de sidération psychique, de déréalisation, de ne pas comprendre ce qui s'est passé tellement l'horreur était terrible", décrypte ainsi Gaëlle Abgrall, psychiatre et membre de la cellule de soutien psychologique. "On va tenter de remettre en lien les émotions de ces personnes avec leur histoire, avec le traumatisme qu'ils ont vécu. C'est ce travail qui va leur permettre, on le souhaite, d'éviter les troubles post traumatiques à long terme", poursuit la spécialiste.

Certains assurent aussi que leur reconstruction passera par une compréhension des événements, et surtout des motifs de l'auteur(e) des faits. Une femme a été interpellée et placée en garde à vue mardi matin. Mais si les soupçons qui pèsent sur elle se confirment, elle devra être soumise à une expertise psychiatrique. Selon nos informations, il y a quelques jours, cette femme de 40 ans est en effet ressortie d’un séjour en hôpital psychiatrique, où elle avait été admise à la demande de sa famille. Elle avait également été mise en cause à deux reprises en 2016, d'abord pour une affaire de violence puis pour un incendie dans un magasin. A chaque fois, la justice a classé ces dossiers sans suite en raison de son état mental déficient.

"J'ai failli crever, je ne comprends pas". "Je ne veux pas entendre parler de folie. Lorsque tu mets un feu, tu sais qu'il va y avoir des morts", estime pour sa part Ines, qui fait aussi partie des rescapés. "Ce n'est pas normal. Il y a eu des morts, un bébé est mort, pour une querelle de voisinage. Moi j'ai 20 ans, j'ai failli crever, je ne comprends pas. Il faut qu'il y ait un procès, qu'on la voit en face, qu'elle paye", enchaîne cette rescapée. 

Quoi qu'il advienne, les survivants de l'incendie pourront compter sur la solidarité de certains voisins, conscients du traumatisme subi. "Les vieux manteaux, les vieilles affaires de mes enfants, j'ai tout donné pour les rescapés. Ils ont dû vivre l'horreur, les pauvres", témoigne ainsi Flora, une voisine. Et de conclure, comme un évidence qui a besoin d'être dite : "Je n'aimerais pas être à leur place".