Tous les matins après le journal de 8h30, Emmanuelle Ducros dévoile aux auditeurs son «Voyage en absurdie», du lundi au jeudi.
Hier, à l’assemblée, la proposition de loi Gremillet portant sur la programmation nationale de l’énergie a été rejetée. Elle restera comme le symbole de l’incapacité de la France à définir une politique énergétique claire et comme sa capacité, au contraire, à se tirer des balles dans le pied.
La proposition du sénateur Gremillet, à sa sortie du Sénat, n’avait rien de délirant. Une feuille de route à 2035 raisonnable intégrant une relance du nucléaire ambitieuse, des objectifs clairs pour les renouvelables, une transparence sur les coûts et trajectoires… Mais hier à l’Assemblée, elle a été retoquée par une très large majorité des députés, y compris par les députés macronistes alors que le Gouvernement soutenait intialement le texte. Il n’y a eu que LR et le RN pour voter pour.
Pourquoi cette loi a-t-elle été retoquée ?
Elle est devenue à l’Assemblée, d’amendement en amendement, un Frankenstein législatif, composé de bouts de corps idéologiques impossibles à coudre les uns aux autres. Un ensemble incohérent, qui comprend des objectifs de relance du nucléaire supérieurs à ceux du gouvernement mais aussi le redémarrage impossible de la centrale de Fessenheim. On y trouvait aussi l’idée socialiste d’un objectif énorme d’au moins 200 TWh d’énergies renouvelables électriques, assorti d’un moratoire RN sur le solaire et l’éolien. Un machin impossible à mettre en oeuvre tant il dit tout et son contraire... Le texte était supposé être clair, il est devenu un énorme sac de noeuds...
A qui la faute ?
A un peu tout le monde. L’illustration parfaite de ce qu’une assemblée fragmentée et ingérable peut produire. Hémicycle vide au moment des débats, débat polarisé à l’extrême entre ceux qui voudraient du 100 % nucléaire et les autres ne voyant le salut que dans les renouvelables. Aucune tendance politique ne s’en sort avec les honneurs. Le RN a fait du populisme, les Républicains ont fait n’importe quoi, votant tout et son contraire, les écologistes ont été absents d’un sujet sur lequel ils passent leur temps à donner des leçons et la majorité a été dépassée. La majorité a été dépassée.
Et maintenant ? La France peut-elle se doter d’une stratégie énergétique ?
Le texte va repartir au Sénat. Le Gouvernement devrait tout de même publier, avant l’été, le décret de sa Programmation pluriannelle de l’énergie, qui exprime les orientations et priorités d’action des pouvoirs publics pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergie. Il devait s’appuyer sur les choix de la loi Grémillet, raté.
Quelles conséquences pour la vie économique ?
Terrible, cette séquence incite à la perte de confiance, dans les élus de la Nation et dans la capacité de notre pays à se projeter dans le futur. Pour qu’un pays aille énergétiquement bien, il doit travailler à sa souveraineté, faire en sorte que ses ménages et ses entreprises soient rassuré sur l'abondance énergétique et la modération des factures. C’est la condition pour que des entreprises s’installent, pour qu’une industrie se redéveloppe, pour que la prospérité demeure. La France s’est enfoncée hier un peu plus dans les sables mouvants de son indécision, qui la tirent inexorablement vers le bas