EDITO - Les 100 premiers jours ratés de Castex à Matignon

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce lundi, il revient sur le bilan des 100 premiers jours de Jean Castex en tant que Premier ministre. Selon lui, la seconde vague de Coronavirus, le statut d'Édouard Philippe, son manque d'autorité et son problème de communication lui posent de gros problèmes.

Ce dimanche, Jean Castex a passé le cap des 100 jours à Matignon. Un premier anniversaire un peu triste, selon Nicolas Beytout.
Oui, parce que rien ne se passe comme prévu, la faute à cette satanée deuxième vague de l’épidémie qui bouleverse tous les plans. Lorsqu’Emmanuel Macron décide de nommer Jean Castex, au début de l‘été, il confie les rênes du gouvernement à un homme qui vient de se tailler une solide réputation sur les opérations de déconfinement du pays. On ne saurait mieux illustrer la tâche qui est alors la sienne : piloter la France en phase de reconquête. Patatras, c’est la fermeture qui s’impose, ville après ville.

C’est un problème pour le Premier ministre ?

Oui, après la période Edouard Philippe réputé distant, Jean Castex avait été placé à Matignon pour recréer du lien avec les Français. Or ce n’est pas ce qu’attend l’opinion publique, pour le moment. L’inquiétude liée au Covid augmente et c’est là-dessus que l’on attend une stratégie de la part des pouvoirs publics. Or, elle n’est pas lisible, pas constante du tout et pas exposée clairement.

Un problème de communication ?

Le Premier ministre parle, se montre beaucoup puisqu’il a déjà effectué 44 déplacements soit près d’un tous les deux jours, mais on ne retient pas grand-chose de ce qu’il dit. Il montre de l’empathie, mais ça ne suffit pas pour savoir où va le pays, ni quelle est son action, ni ce qu’il reste de sa feuille de route. Ce manque que ressentent les Français se voit désormais dans les enquêtes d’opinion, où il chute. Ça se ressent aussi dans ses rapports avec une partie de la majorité et du gouvernement.

Un problème d’autorité ?

Absolument. Il faut admettre que, faire irruption dans un univers politique et gérer des crises où nagent déjà des gros poissons comme Bruno Le Maire, Olivier Véran ou Gérald Darmanin, se frotter aussi à des petits nouveaux en politique difficilement gérables comme Eric Dupond-Moretti, ça complique sérieusement l’équation. La réalité, en tout cas, c’est qu’au bout de Cent jours, il y a un problème Bernard Castex. Même s’il s’appelle Jean Castex, c’est comme ça que l’appellent certains membres de la majorité ou du gouvernement. Bernard ou Roger.

Mais pourquoi ? Ça n’a aucun sens ?

Pour rien, c’est une façon de se moquer de son anonymat. C’est cruel, mais cette anecdote est révélatrice de la difficulté du chef du gouvernement à précisément être le chef. Il passe son temps à dire qu’il est le chef. Mais en réalité, en le nommant, Emmanuel Macron lui a fait deux cadeaux. L’un magnifique, lui offrir Matignon et l’autre empoisonné, demander parallèlement à Édouard Philippe, le sortant, de travailler à l’unité de la majorité. Il y a plus simple pour affirmer son autorité. Pour l’instant, l’Élysée défend toujours le choix de Jean Castex comme Premier ministre. Mais le calendrier est là, implacable. Dans moins de six mois, les élections régionales auront lieu. Et là, Jean, Bernard, ou Roger, peu importe, c’est le Premier ministre Castex qui endossera une partie des résultats.