Pourquoi le cours de l’or flambe-t-il ?

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Le cours de l'or a grimpé de 6% au mois de mai.
Le cours de l'or a grimpé de 6% au mois de mai. © THOMAS COEX / AFP
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Le cours de l'or, valeur refuge par excellence, a atteint en quelques semaines son plus haut depuis trois mois et demi. La faute, notamment, à un regain de tensions sur le front commercial, et à un attrait des banques centrales inédit depuis près de cinquante ans.
ON DÉCRYPTE

Aujourd'hui, si vous souhaitez acheter une once d'or, soit environ 28 grammes, il vous en coûtera 1.240 euros. Et pour un lingot d'1 kilo, il vous faudra débourser 38.270 euros, contre 37.010 euros il y a deux mois tout juste. Car sur le seul mois de mai, le cours du précieux métal a grimpé de 6%, renouant avec son plus haut depuis fin février… Et ce n'est pas vraiment une surprise.

L'or porté par la peur

Ce n'est pas un hasard si l'on parle souvent de valeur refuge. Plus la situation économique paraît agitée, plus l'or en profite pour briller. Outre le Brexit et ses conséquences, c'est sans aucun doute la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine qui inquiète le plus les investisseurs, alors que les négociations entre les deux superpuissances sont au point mort depuis un mois.

"La principale menace" pesant sur l'économie mondiale "provient des tensions commerciales persistantes", a ainsi souligné dimanche Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à l'issue du G20 Finances, qui se déroulait au Japon.

Ajoutez à cela la mauvaise situation budgétaire de l’Italie, la tension géopolitique dans le Golfe persique entre les États-Unis et l’Iran, mais aussi le fort risque de récession mondiale d'ici à trois trimestres anticipé par Morgan Stanley - si le conflit sino-américain s'aggrave encore – et vous obtenez un cocktail détonnant pour les marchés, qui aiment dès lors se tourner vers l'or. Cela avait notamment été le cas à l'occasion de la crise financière de 2008.

Un dollar qui s'affaiblit

Face à ces tensions géopolitiques et commerciales, le repli du dollar reste limité, avec une baisse globale de 1% de sa valeur depuis le début du mois. Mais la dépendance au billet vert est de plus en plus questionnée par certains dirigeants ces dernières semaines, du chef de l'État russe Vladimir Poutine au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Cherchant à diversifier leurs réserves de change, les banques centrales se ruent ainsi vers l'or. En 2018, les instituts monétaires ont acheté 657 tonnes du métal préicieux, un bond de 74% par rapport à l'année précédente. "Il s’agit du volume d’achats le plus important enregistré depuis 1971 et la fin de la convertibilité-or du dollar", précise auprès du journal Le Monde Natalie Dempster, directrice générale en charge des banques centrales et des politiques publiques au Conseil mondial de l’or (CMO).

Au rang des plus gros acheteurs, on retrouve la Russie (274,3 tonnes), le Kazakhstan (50,6 tonnes), la Hongrie (28,4), la Pologne (25,7) et la Chine (10 tonnes). Au mois de mai, les banques centrales détenaient d'ailleurs 20% du stock d'or de la planète.

Une conjoncture américaine compliquée

L'état de l’économie américaine devrait aussi bénéficier au métal jaune dans les prochaines semaines. Vendredi, l'annonce d'un net ralentissement du marché du travail outre-Atlantique, en deçà des attentes, a propulsé l'once d'or au plus près de son plus haut niveau de l'année. Deux jours plus tôt, des chiffres décevants de créations d'emplois dans le secteur privé américain avaient déjà fait prendre près de 1,4 % à l'or en une seule séance.

Des chiffres qui renforcent la possibilité de voir la Réserve fédérale américaine baisser ses taux directeurs, après un cycle de plus trois ans de hausse.

Une hausse de la demande indienne

Jusqu'où la hausse du cours de l'or se poursuivra-t-elle ? Une chose est sûre, le lingot devrait rester fort ces prochains mois, notamment en raison de la demande indienne.

En avril et mai, les importations du  deuxième plus grand pays consommateur ont bondi de 74% par rapport à la même période l'an passé, selon Bloomberg. Et ces achats pourraient encore augmenter, alors que la saison des mariages débute en fin d'année.

Faut-il investir ?

Selon un sondage réalisé le mois dernier par OpinionWay pour Aucoffre.com, 73% des épargnants français interrogés estiment que l'or constitue une solution d’épargne pertinente pour protéger leurs économies. 

Mais l'or n'est pas rémunérateur comme peut l'être une assurance-vie, par exemple. Il ne sert pas non plus à financer l'investissement des entreprises. Enfin, il coûte cher en conservation. Même si son cours poursuit sa hausse, il ne paraît donc pas aujourd'hui très pertinent d'investir.

Europe 1
Par Thibauld Mathieu