Fin des soldes : "ce n'est plus le rite social que nous connaissions", regrettent des commerçants

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Mercredi, c'est le dernier jour des soldes d'été, la dernière période de rabais à six semaines avant un passage à quatre semaines à l'hiver prochain. Pour les commerçants, le bilan est mitigé, alors que les attentes étaient très fortes après la crise des "gilets jaunes".
ON DÉCRYPTE

Dans les vitrines du centre-ville de Bordeaux, l'annonce de soldes avec des rabais pouvant atteindre 70% continue d'attirer le regard des touristes qui se baladent une glace ou un guide à la main. Mais, dans la cité girondine comme ailleurs, ces promotions alléchantes ont-elles réussi à faire oublier plusieurs mois moroses pour les commerçants ?

Pas de chiffre d'affaires, mais de la trésorerie ?

Il y a d'abord quelques motifs de satisfaction en ce début du mois d'août. "Le bilan est somme toute assez favorable avec une fréquentation en hausse de 1,5% et un panier moyen également en hausse de 6%", assure à Europe 1 Éric Mertz, président de la Fédération nationale de l'habillement. "Ça concerne le secteur de l'habillement donc le prêt-à-porter féminin, masculin, la mode enfant, mais également le textile. Les soldes restent un rendez-vous important", confirme-t-il.

"On aurait bien sûr aimé avoir un peu plus de monde", concède de son côté Jérémy, qui tient une boutique de vêtements à Bordeaux. "Globalement, on est quand même contents : ça ne permet pas vraiment de faire du chiffre, mais surtout de récupérer de la trésorerie pour faire de la place à la nouvelle collection."

Le commerçant bordelais estime malgré tout que ces six semaines de rabais n'ont pas permis de rattraper totalement "les pots cassés des six mois de manifestations". Et la cause est toute désignée : ce sont les "gilets jaunes", qui ont manifesté chaque samedi dans le centre-ville. L'enjeu était fort : "Il y a eu un effet mouvements sociaux et gilets jaunes qui a impacté le trafic dans les magasins", analyse Cyril Besse, expert de la consommation chez Univers Retail. "Nous avons entamé les soldes avec un déficit de chiffre d'affaires relativement conséquent et de fait, nous n'avons pas fait de marge au moment où il fallait la faire", rembobine Éric Mertz.

" Vous avez toujours les centres commerciaux extérieurs à la ville qui sont toujours avec des chiffres très supérieurs par rapport à l'année dernière "

À Bordeaux, comme dans de nombreuses autres villes, les manifestations à répétition ont fait fuir une partie importante des clients des commerces du centre-ville et les soldes n'ont pas suffi à les faire revenir massivement. "Faire revenir du monde dans Bordeaux, ce n'est pas simple, vous avez toujours les centres commerciaux extérieurs à la ville qui ont toujours des chiffres très supérieurs par rapport à l'année dernière", regrette Christian Baulme, président de l'association La Ronde des quartiers. "Il faut du temps pour faire revenir les gens, pour qu'ils reprennent leurs anciennes habitudes."

La canicule et les rabais hors soldes pointés du doigt

Mais si les soldes n'ont pas permis d'effacer un début d'année très mitigé, voire mauvais par endroits, ce n'est pas seulement dû aux "gilets jaunes". "Il y a eu un effet canicule pénalisant pour les commerçants", avance Cyril Besse. "Il y a aussi des sujets de fond et notamment le fait qu'il y ait de plus en plus d'opérations promotionnelles hors soldes, fin avril, début mai, qui viennent diluer l'impact des soldes auprès des consommateurs." "Ce n'est plus le rite social que nous connaissions, parce que les clients n'attendent pas cette période-là pour faire des bonnes affaires", abonde Éric Mertz.

La durée des soldes, qui se tenaient pour la dernière fois sur six semaines avant de passer à quatre lors des prochains soldes d'hiver, est en cause. "En général, on sait que c'est sur les deux, trois premières semaines que les soldes sont attractifs pour les consommateurs. Ensuite, ça se délite très vite sur le reste de la période", observe Cyril Besse. 

Désormais, les commerçants se tournent vers l'avenir et espèrent faire le plein pour l'échéance importante de la rentrée. À Bordeaux, des animations sont d'ores et déjà prévues dans les rues et dans les boutiques du centre-ville. Les glaces ne seront plus là. Et le pouvoir d'achat ?