Électricité : les fournisseurs alternatifs sont-ils vraiment avantageux ?

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Total Spring est visé par la plainte de la CLCV.
Total Spring est visé par la plainte de la CLCV. © ERIC PIERMONT / AFP
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Une plainte de la CLCV contre trois concurrents d’EDF illustre les pièges dans lesquels les consommateurs peuvent tomber au moment de changer de fournisseur d’électricité.

Avec l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, une trentaine de fournisseurs "alternatifs" ont fait leur apparition, vantant des prix bas pour grignoter l’ex-monopole d’EDF. Plus de dix ans après cette libéralisation, le bilan est mitigé : selon les informations d’Europe 1, l’association de consommateurs CLCV a déposé plainte contre trois fournisseurs d’électricité (Engie, Cdiscount et Total) pour "pratiques commerciales trompeuses". En cause : des prix plus élevés sur la facture que sur les publicités. La partie émergée d’une concurrence pas toujours plus intéressante qu’EDF.

Moindres économies. La plainte de la CLCV cible uniquement les prix pratiqués par ces opérateurs. Ils sont certes moins chers que le tarif réglementé d’EDF, mais selon l’association de consommateurs, les économies promises ne seraient finalement pas toujours au rendez-vous. "Les baisses qu'ils communiquent sont en réalité moins élevées lorsque vous regardez la réalité de la facture. Par exemple, Cdiscount annonce -15% par rapport au tarif réglementé. Mais quand vous regardez la facture, ce sera en fait -10%", illustre François Carlier, directeur général de la CLCV, au micro d'Europe 1.

La raison est simple : les réductions ne concernent que la consommation variable. Or, la facture comprend aussi le prix de l’abonnement et des taxes, non comprises dans le calcul de la réduction. Résultat, selon François Carlier, les véritables économies permises par les fournisseurs alternatifs sont généralement inférieures de 3 et 5% aux plaquettes promotionnelles. Au total, ce sont quelques dizaines d’euros qui échappent aux consommateurs.

Les fournisseurs se défendent. Un différentiel assumé par les fournisseurs mis en cause. "Nous sommes totalement transparents sur nos communications, basées sur les normes de présentation des prix du marché, exactement comme sur le site du Médiateur de l'énergie", nous indique-t-on chez Cdisount. "Le fait qu'on soit moins cher par rapport à nos concurrents, ça reste vrai." Une ligne de défense qui est également celle d’Engie. "Nous sommes très surpris, notre offre est très claire : l’abonnement ne bénéficie pas des 30% de réduction que nous proposons", répond à Europe 1 Augustin Honorat, directeur grand public d’Engie France.

Les concurrents sont moins chers… La plainte de la CLCV met toutefois en relief la difficile ouverture à la concurrence de l’électricité. Selon une enquête du comparateur en ligne Selectra, ce sont bien les fournisseurs alternatifs qui offrent les meilleurs prix. Direct Énergie, Happ-e, Planète Oui et Total Spring apparaissent ainsi comme bien plus attractifs qu’EDF sur le seul critère de la facture. A condition toutefois d’être attentif aux termes du contrat : contrairement au tarif réglementé d’EDF, les offres à prix libre, en théorie moins chères, sont fixées par le fournisseur et peuvent varier. Si le coût de production de l’électricité augmente, la facture finale du client peut grimper aussi. Certains fournisseurs alternatifs proposent des offres à prix fixe permettant de s’éviter les mauvaises surprises.

… mais pas forcément idéaux. En revanche, sur "l’enrobage" de l’offre, le poids du fournisseur historique assure un meilleur accompagnement. EDF – mais aussi Engie et Direct Énergie, les deux "gros" des petits fournisseurs – propose ainsi le processus de souscription le plus simple, tout pouvant être réglé en un unique appel. A l’inverse, les petits concurrents exigent souvent de passer par voie postale, ce qui induit un délai et donc un risque de coupure temporaire de courant.

EDF conserve également l’avantage en matière de service client, là encore grâce à son ex-monopole, avec des équipes nombreuses et réactives. Une armée de conseillers clientèle que ne possèdent évidemment pas les petits fournisseurs. Opter pour eux, c’est aussi accepter de passer parfois un peu plus de temps au téléphone. Seuls Engie et Direct Énergie rivalisent avec EDF en la matière.

Méconnaissance des droits. Résultat, selon une étude du Médiateur national de l’énergie, dix ans après la libéralisation, seulement 15% des Français ont opté pour une offre alternative d’électricité, soit 4,88 millions de sites. En cause : un manque criant d’information. Un consommateur sur deux ignore ses droits en matière de changement de fournisseur. La même étude indique que 20% des sondés pensent que le passage à la concurrence est payant, 12% qu’il faut changer son compteur aussi. Et près d’un Français sur trois ne fait pas la différence entre EDF et Engie, pourtant concurrentes…