Confinement : comment la fonction publique est passée en urgence au télétravail

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L'application Plano regroupe des services sécurisés destinés uniquement aux fonctionnaires de l'État. 1:37
L'application Plano regroupe des services sécurisés destinés uniquement aux fonctionnaires de l'État. © Capture d'écran Dinum
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Pris de court par la crise du coronavirus, l'État a dû mettre en urgence des millions d'agents publics en télétravail. Mais aucun outil spécifique n'était en place. L'État a donc fait appel à Wimi, une entreprise française, pour déployer Plano, une application dédiée aux fonctionnaires.

Depuis deux semaines, on parle énormément de télétravail. Toutes les entreprises (dont Europe 1) ont dû s’adapter au confinement pour assurer la continuité de tout ou partie de leur activité. Et ça n'a pas été simple non plus pour la fonction publique. Une grande partie des 5,5 millions de fonctionnaires sont passés du jour au lendemain au travail à distance. Mais beaucoup n'étaient pas équipés. En s'associant à l'entreprise Wimi, l'État a finalement mis au point Plano, une solution de télétravail spécifique pour la fonction publique, déployée depuis lundi.

Besoin d'un outil sécurisé

Wimi est une entreprise fondée en 2010, spécialiste du travail collaboratif et à distance. Depuis plusieurs mois, elle travaillait déjà sur une solution de télétravail pour les fonctionnaires d'État. Et le constat n'était pas brillant : seuls 5% des agents des ministères pratiquaient le travail à distance l'an dernier. D’où la nécessité de faire un appel à une entreprise privée pour mener ce projet. "La fonction publique n'était pas prête pour la révolution du travail à distance. Aussi bien en matière de souveraineté numérique que de cybersécurité, ça pose tout un ensemble de défis auxquels on est bien obligé de répondre aujourd’hui, un peu dans l’urgence", explique Antoine Duboscq, le président de Wimi. 

Plano va être déployé progressivement dans les différentes sections de l'administration publique.

Résultat : quand le coronavirus enferme les Français chez eux, il n'existe aucune plateforme globale conçue spécifiquement pour les fonctionnaires. Certains ont recours à Tchap, la messagerie sécurisée mise en place en 2019, avec chiffrement des données et hébergement sur des serveurs en France. Mais d'autres utilisent des VPN surchargés et des outils grand public comme WhatsApp, Skype ou encore Zoom, application en plein boom depuis le début du confinement, comme tout le monde.

Sauf que certains fonctionnaires des ministères travaillent sur des projets sensibles. "Skype, Whatsapp et les autres applis du genre ne sont pas des outils professionnels, donc pas forcément sécurisés. Ça augmente le risque de fuite de données sensibles", souligne Antoine Duboscq. "Surtout, ce sont des outils américains. Confier les données des administrations publiques à une puissance étrangère n'est pas dans notre intérêt stratégique."

Un déploiement très progressif

Wimi a donc achevé en dix jours un projet entamé il y a plusieurs temps déjà mais qui aurait sans doute mis des mois, voire années, à éclore autrement. Avec Plano, les fonctionnaires peuvent discuter par message ou par visioconférence, partager et stocker des documents, organiser les équipes autour de projets… le tout dans un environnement sécurisé. "C'est une application qui a été pensée spécifiquement pour la fonction publique à partir de notre logiciel existant, déjà utilisé par des entreprises privées et publiques", précise Antoine Duboscq. Plano a vocation à perdurer après la fin du confinement pour "instaurer un mode de collaboration plus agile dans la fonction publique".

Créer l'outil c'est une chose, l'utiliser en est une autre. Ce sont les fonctionnaires qui doivent demander un compte auprès de la Direction interministérielle du numérique. Selon nos informations, plus de 4.000 ont déjà été créés en deux jours. Pour l’instant, Plano est réservé aux ministères, à l’administration centrale et aux services déconcentrés de l’État, par exemple les préfectures et les centres des impôts. Mais à terme, les collectivités territoriales et l’hôpital pourraient également y avoir accès.