Assurance-chômage : la négociation au bord de l'échec

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Syndicats et patronat se retrouvent mercredi pour tenter de négocier une nouvelle fois un accord sur l'assurance-chômage.
Syndicats et patronat se retrouvent mercredi pour tenter de négocier une nouvelle fois un accord sur l'assurance-chômage. © ALAIN JOCARD / AFP
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Les négociations sur l'assurance-chômage reprennent mercredi après-midi mais la probabilité de parvenir à un accord entre syndicats et patronat semble très faible étant donné les fortes oppositions sur la manière de lutter contre le recours trop régulier aux contrats courts.

Mission impossible en vue mercredi au Medef où patronat et syndicats tenteront une ultime fois de rapprocher leurs vues sur la réforme de l'assurance-chômage voulue par l'exécutif qui sera libre, en cas d'échec, de rédiger son propre projet.

Un accord peu probable. Convoquée à 14h30, la réunion semble surtout destinée à déterminer qui va porter la responsabilité de l'échec de ces trois mois et demi de négociations. La négociatrice de la CFDT, Marilyse Léon, a évalué mardi "à vue de nez à 5%" la possibilité de parvenir à un accord lors d'une réunion qui sera "plus ou moins courte en fonction du comportement du patronat". "C'est la dernière chance", a insisté mardi soir sur Europe 1 son numéro un, Laurent Berger, reconnaissant que "c'est mal parti". 

Le "bonus-malus" au cœur des désaccords. Les partenaires sociaux butent, encore et toujours, sur l'instauration d'un "bonus-malus" pour décourager les entreprises de recourir aux contrats courts (moins d'un mois) alors qu'un tiers des CDD ne dure qu'une journée. Ce dispositif est réclamé par les syndicats, forts des engagements d'Emmanuel Macron en ce sens, mais catégoriquement rejeté par le patronat qui a tenté, jusqu'ici en vain, de convaincre les syndicats d'y renoncer. "Nous attendons du patronat qu'il traite les causes de la précarité, pas ses conséquences", a insisté Laurent Berger.

Lors de la précédente réunion le 14 février, les syndicats avaient rejeté les pistes avancées par le patronat, dont une prime de précarité pour les CDD dits "d'usage" utilisés massivement dans certains secteurs (hôtellerie-restauration, spectacle, services à la personne...). 

De nouvelles propositions de la part du patronat. Ils avaient également posé leur condition pour revenir : avoir par écrit une proposition avec une "modulation" des cotisations chômage des entreprises, autrement dit un mécanisme de type bonus-malus. Furieuse de cet ultimatum, la délégation patronale a répliqué lundi par communiqué qu'elle ne présenterait "en séance" que des propositions "alternatives au dispositif de bonus-malus" sans davantage de détails.

Le Medef, la CPME (petites entreprises) et l'U2P (artisans et commerçants) pourraient notamment proposer d'instaurer une contribution forfaitaire sur les contrats courts qui, via un fonds mutualisé, financerait des formations pour ces salariés entre deux contrats, ou des complémentaires santé. Néanmoins les syndicats se rendront mercredi au siège du Medef, hôte des discussions. Les négociateurs patronaux "font du 'teasing'. Il faut aller voir ce qu'ils proposent", a expliqué Jean-François Foucard (CFE-CGC). 

Tenter de faire des économies. Autre difficulté, le patronat entend d'abord discuter des économies exigées par le gouvernement, soit au minimum un milliard d'euros par an, par une révision des règles d'indemnisation afin à la fois de réduire l'endettement de l'Unedic (35 milliards) et d'inciter "au retour durable à l'emploi". 

Mais pas au détriment des demandeurs d'emploi. Durcissement de l'accès à l'indemnisation, évolution du mode de calcul de l'allocation et de ses modalités de versement... Les propositions patronales ne plaisent guère aux syndicats qui ne veulent pas "pénaliser les demandeurs d'emploi". Surtout, ils refusent d'en discuter avant d'avoir obtenu des avancées sur les contrats courts...

Éviter néanmoins que le gouvernement ne prenne la main. Le seul intérêt commun des partenaires sociaux pour trouver un compromis serait de préserver la gestion paritaire de l'assurance-chômage, mais au sein du patronat, certains disent n'y être pas plus attachés que cela. En cas d'échec, le gouvernement prendrait en effet la main et pourrait imposer ses vues par décret.