Woodstock, 50 ans après : Jimi Hendrix, le meilleur pour la fin

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Jimi Hendrix sur la scène de Woodstock, le 18 août 1969.
Jimi Hendrix sur la scène de Woodstock, le 18 août 1969. © Capture d'écran YouTube
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Tout l'été, Europe 1 revient sur les artistes qui ont incarné la révolution Woodstock lors de ce festival iconique, en 1969. Dans ce quinzième et dernier épisode, Jean-François Pérès s'intéresse à la légende Jimi Hendrix. 
RÉCIT

Il y eut un avant, il y eut un après. Il y a 50 ans, la vague Woodstock submergeait le monde. Europe 1 vous fait revivre, à l'heure des festivals de l'été, l'histoire de cette révolution, non seulement par ce qu'elle a apporté, mais aussi par ceux qui l'ont incarnée. Aujourd'hui, Jimi Hendrix.

Star Spangled Banner, le Guernica de la musique

En ce matin humide et blafard du 18 août 1969, il faut imaginer ce à quoi ressemble le site de Woodstock. Des 400.000 festivaliers présents durant le week-end, il n'en reste au maximum que 30.000, hagards, épuisés, qui se pressent contre la scène et dévoilent tout autour d'eux un paysage de désolation. Partout, de la boue, des canettes vides, des sacs de couchage abandonnés, des feux de camp qui se transforment en cendres.

C'est dans ce décor post-apocalyptique que le génie absolu de la guitare électrique monte sur scène. Entre deux classiques, et alors que même ses musiciens ne sont pas au courant, il se lance dans une relecture inouïe de l'hymne américain. Les premières notes reprennent la mélodie que tout le monde connait mais très vite, le maelstrom de sa Fender Stratocaster se transforme en une imitation saisissante des bombes américaines qui s'abattent sur le Vietnam, des mitrailleuses et des gerbes de napalm. La peinture avait son Guernica, la musique aura son Star Spangled Banner.

Un style révolutionnaire

Difficile de croire à l'écoute de cette inspiration pure que le guitariste n'a déjà plus qu'un an à vivre. À l'époque, Jimi Hendrix est considéré comme une sorte d'extra-terrestre alors que son premier véritable disque n'est sorti qu'en 1967. Avec les dents, derrière le dos, en faisant le grand écart, ou simulant une masturbation, il a révolutionné à jamais la façon de jouer de la guitare.

Les notes sortent et s'enchaînent comme par magie avant la cérémonie finale, celle du sacrifice qui l'a fait connaître du monde entier à Monterey. Estimant avoir épuisé toutes les possibilités de son instrument, Hendrix l'arrose d'essence et l'immole en plein concert, faisant jaillir le bruit jusqu'alors inconnu d'une guitare électrique en train de mourir.

D'enfant maltraité à guitariste épris de liberté

Né en 1942 à Seattle, au nord-ouest des États-Unis, Johnny Allen Hendrix est un gamin méprisé, voire maltraité par ses parents. Sa mère, à moitié indienne, est alcoolique et son père le bat. Il trouve alors refuge dans la musique : harmonica, ukulélé, guitare acoustique puis électrique, le tout en autodidacte.

Sacrifiant l’école et une fois libéré de ses obligations militaires, il sera libre et musicien. D'abord à Seattle, puis en accompagnant des pointures telles que Sam Cooke, Ike And Tina Turner ou encore Little Richard. Mais ses improvisations incessantes et son sens du spectacle tapent rapidement sur les nerfs des stars en question. Il prend alors la direction New York et le Greenwich Village où il se fait repérer par le bassiste du célèbre groupe anglais The Animals, qui lui propose de venir enregistrer en Europe. Hendrix accepte à la seule condition de pouvoir rencontrer Eric Clapton. C'est chose faite début octobre 1966.

Quelques jours plus tard, alors que le groupe constitué autour de lui commence à peine à se rôder, Jimi Hendrix, encore anonyme, joue quatre concerts en France, en première partie de Johnny Hallyday. Evreux, Nancy, Villerupt et l’Olympia, le 18 octobre 1966, où Europe 1 l'immortalise grâce à l'émission Musicorama. Une autre archive célèbre voit les deux hommes en pleine bataille de ronds de fumée.

Un premier 45 tours en décembre 1966

Une vie à 100 à l’heure

Le premier 45 tours du guitariste prodige sort en décembre 1966. En face A, Hey Joe, une chanson qu'on ne pourra plus jamais écouter sans penser à lui. "Ce morceau, ce n'est pas nous, c'est juste une ébauche", dira Jimi Hendrix de ce titre qui grimpera jusqu'à la sixième place en Angleterre.

Accompagné de Noël Redding à la basse et du formidable Mitch Mitchell à la batterie, le guitariste enregistre deux albums quasiment coup sur coup en 1967, Are You Experienced puis Axis : Bold As Love.

Hendrix crée son propre genre de musique et joue avec les effets et la réverbération comme personne ne l'avait jamais fait. Ses disques sont une invitation au voyage, pas toujours confortables mais parsemés de moments de grâce. Dans la chanson Little Wing, la guitare se fait toute douce pour un hommage disait-il, au festival de Monterey et aux jeunes filles qu'il y avait croisées.

Adulé, pour ne pas dire vénéré, Jimi Hendrix vit alors à 100 à l'heure. À peine cette chanson enregistrée qu'il travaille déjà sur son nouveau disque à New York. Comme tout est possible avec lui, ce sera un double album : Electric Ladyland. La pochette originale anglaise, mettant en scène une myriade de femmes nues, fera scandale et hantera les rêves de toute une génération d'adolescents. Elle est aujourd'hui très recherchée. Electric Ladyland, c'est une heure et quart de musique où l'"Experience" s'ouvre à de nombreux autres artistes.

La descente aux enfers

Hendrix voit les limites de son trio et groupe se séparera bientôt. Mais il rend également hommage à celui sans qui les années 1960 n'auraient pas eu la même saveur. L'avant-dernier titre de l'album est en effet une reprise de Bob Dylan. All Along The Watchtower est revisitée et généreusement électrifiée par Jimi Hendrix.

Numéro 1 aux États-Unis et au Canada, numéro 2 en France, Electric Ladyland est déjà le dernier album studio de Jimi Hendrix de son vivant. Une fois la séparation de son groupe consommée, le guitariste tâtonne, multiplie les collaborations sans lendemain et s'enfonce dans la drogue.

Son dernier projet, Band Of Gypsys ("Une Bande de Gitans"), donnera lieu à un enregistrement en concert. La musique se fait plus rêche, moins originale, moins métissée et moins inspirée aussi. Lors d'une ultime tournée européenne en septembre 1970, un Jimi Hendrix désabusé confie ne pas savoir s'il fêtera son anniversaire suivant. Deux semaines plus tard, le 18 septembre 1970, il est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à Londres. Sans doute un mélange d'alcool et de barbituriques.

Le guitariste n'avait que 27 ans, comme de nombreuses stars du rock qui s'éteindront au même âge. Son influence, elle, n'a jamais vacillé, aidée en cela par des enregistrements plus ou moins inédits qui continuent de sortir comme par miracle cinquante ans après. Tous mettent en lumière le talent d'un artiste définitivement unique, celui qui a refermé le livre du plus grand festival de rock de tous les temps et accessoirement, celui de notre série de portraits autour de Woodstock sur Europe 1.

Europe 1
Par Jean-François Pérès